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Karin et Olof Dreijer Andersson ne sont pas seulement des gens intelligents, ils en sont aussi parfaitement conscients. Pas étonnant que leur duo The Knife ait été salué comme un membre de la famille par les rédacteurs arrogants de Pitchfork. Eloignée temporairement de son frère, Karin s’est probablement dit que la meilleure façon d’aborder le chapitre suivant, consécutif à l’impressionnant Silence Shout (2006) sorti par The Knife, était de se présenter sous un nouvel alias : Fever Ray.

Cela ne surprendra guère de la part d’une artiste venue d’un groupe qui s’avance dissimulé sous des masques de cuir, mais c’est suffisant pour créer l’évènement. Celui-ci serait de courte durée si la demoiselle n’avait pas autant de talent à revendiquer un formalisme electro-goth qui n’en garde pas moins tout son mystère. Moins syncopée que la production de The Knife, celle de Fever Ray paraît effectivement moins soucieuse d’interpeller ou de s’imposer. Cela a déjà été accompli. On préfère rêver ici à une longue et lugubre procession musicale, une traversée du Styx à la fois somnambulique et élancée. Toujours à la limite de la condescendance post-adolescente, les paroles de Karin Dreijer Andersson sont pourtant tellement lapidaires qu’elles en acquièrent une expressivité que nous n’étions pas pressés de leur accorder.

Il faut aussi reconnaître à la voix de la chanteuse une capacité à égaler les tics de Cindy Lauper, lorsqu’elle ne recourt pas à des transformations gutturales grandiloquentes. C’est un premier atout considérable. Le second est une habileté, quarante minutes durant, à relever les compositions qui touchent à l’anecdote grâce à la proximité de quelques morceaux plus fulgurants, et de ne pas faire de ceux-là d’indigestes morceaux de bravoure grâce justement à la tempérance des premiers. C’est après tout ce qu’on demande à un album, surtout quand ce format n’est pas l’apanage du plus grand nombre.
Julien Welter
MAGIC RPM  #129


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nini - 16/11/2010 21:24
Un chef d'oeuvre envoûtant !