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Biographie

Dix années. Dix albums. Dix singles. L'équation parfaite. Et la belle affaire… Car on se doute que, malgré les assertions répétées du fameux Lawrence, despote éclairé de cette formation multiple, (presque) née et (bel et bien) morte avec les années 80, la vérité est un peu ailleurs. D'ailleurs, tout commence dès la fin des années 70, du côté de Water Orton, banlieue grise de la grise ville de Birmingham. Adolescent solitaire, Lawrence découvre le punk, s'achète un magnétophone, une guitare et prend le nom de Felt pour enregistrer en… 1979 un 45 tours mythique baptisé Index, trois minutes de guitares répétitives sorties sur le micro-label qu'il fonde alors, Shangai Records. Qui n'annonce pas du tout ce que sera le "vrai" Felt. Car c'est après ce coup d'épée dans l'eau que le jeune homme semble réfléchir à se construire une légende improbable. Et parvient à ses fins. Impossible de savoir exactement comment Lawrence Hayward (longtemps, il a tenu secret son nom de famille) a imaginé et géré sa fable. Et malgré quelques témoignages de première main (Mark E Smith de The Fall assure que, au début des eighties, The Versatile Newts, formation éphémère auteure d'un single sur Shangai, est dirigé par ledit Lawrence, malgré les dénégations de ce dernier…), on se laisse bercer par l'histoire abracadabrante d'un groupe dont le leader est obsédé par Television et le Velvet Underground (en guise de résumé). Et surtout, par une certaine idée de la perfection qui le guidera jusqu'à Maurice Deebank, guitariste aux arpèges fragiles et principal responsable de l'identité de Felt jusqu'en 1984. Refusé par Postcard Records – jugeant les maquettes trop proches du Loaded des susmentionnés Velvet, à la grande surprise d'un Lawrence qui clame ne point connaître l'album en question (rires) –, la formation trouve refuge sur Cherry Red et offre des disques de pop précieuse et arty, nimbées de guitares ouatées et de mélodies aussi fragiles que de la porcelaine, signant l'un des plus grands singles de la décennie avec Penelope Tree (1983). Pendant ce temps, le leader impose des règles étonnantes (interdiction aux membres de jouer au foot ou au batteur d'utiliser cymbales et autres charley !) et fait respecter ses lubies (tous ses albums devront avoir un nombre de chansons paire… Il commettra une fois une erreur, sur Ignite The Seven Cannons – onze titres –, qu'il corrigera d'ailleurs au moment des rééditions de l'an 2003). Mais entre Lawrence et Deebank, les rapports ne sont pas simples et après maints faux départs, le longiligne musicien tire définitivement sa révérence après l'album produit par le Cocteau Twins Robin Guthrie, Ignite The Seven Cannons. Un disque de transition, puisque figure à son générique un autre prodige, du clavier celui-là, le jeune Martin Duffy, qui va établir pour la seconde moitié des années 80 la nouvelle direction sonore de Felt, entre autres piquée à Bob Dylan et au morceau I Threw It All Away (sur Nashville Skyline). À changement, changement et demi et le groupe rejoint les rangs du label indie qui monte, Creation Records. Et continue son odyssée musicale au gré des fantasmes de sa tête pensante, aussi à l'aise pour façonner des pop songs d'une efficacité redoutable (Ballad Of The Band, All The People I Like Are Those That Are Dead) que pour imaginer des albums instrumentaux (Let The Snakes Crinkle Their Head To Death) au charme bucolique. Après la sortie d'un ultime Lp en novembre 1989, Me & A Monkey On The Moon, et une poignée de concerts “d'adieu” (dont un à Paris, au festival des Inrockuptibles, aux côtés de The Stone Roses et de The La's), Lawrence accomplit la prophétie et suicide Felt (alors qu'il a déjà tout prévu de sa nouvelle aventure, baptisée Denim). Personnage aussi fascinant qu'irritant, le garçon, qui vit le plus souvent en ermite en buvant du thé au lait et en admirant sa collection de vinyles baroque, a maintes fois suscité l'admiration de ses pairs (Bobby Gillespie, Bob Stanley, Lush, Robin Guthrie, Darren Rademaker de The Tyde etc.), des vocations (en France, en Espagne, En Grande-Bretagne, aux USA) et semble jouir ces derniers mois d'une nouvelle côte de popularité comme en témoigne le dévouement que lui porte la nouvelle coqueluche des médias d'ici et d'ailleurs, Girls. Ce qui ne surprend guère, puisqu'il n'est jamais trop tard pour bien Felt.