En kiosque actuellement Commander

The Reminder de Feist

chronique d'album
Attendue au tournant du troisième album par ses thuriféraires comme par ses contempteurs, Leslie Feist n'a pas ménagé ses apparitions vocales depuis le succès hexagonal et international de l'inusable Let It Die (2004), qui faisait suite à un premier Lp tiré à compte d'auteur en 1999. À l'exception peut-être de Camille, la Canadienne est actuellement la seule interprète féminine capable de briller dans des répertoires aussi artistiquement éloignés que Kings Of Convenience et Teki Latex, Readymade FC et Hypnolove, Mocky et Jane Birkin. Mais la chanteuse temporaire de Broken Social Scene (Past In Present pouvant apparaître comme un clin d'oeil irrésistible) n'a peur d'aucun défi, prête à abattre les murs des chapelles avec un mélange de grâce jamais hautaine et de décontraction naturelle qui a beaucoup contribué à sa réputation, particulièrement scénique. Avec sa voix cassée héritée de sa jeunesse punk, Feist a reconduit l'équipe gagnante de Let It Die, à savoir les courtisés Renaud Letang et Gonzales, auxquels elle s'est naturellement adjointe pour cosigner la production d'un disque plus varié et ouvert, qui parvient à jeter un grand pont temporel entre PJ Harvey (I Feel It All) et Nina Simone (dont elle s'est inspirée pour sa reprise sensuelle du traditionnel Sea Lion Woman). Si des titres imparables comme So Sorry, Limit To Your Love, Brandy Alexander ou My Moon My Man le single que tous les auditeurs masculins jalouseront forcément, faute d'en être la cible reprennent avec brio la veine explorée par le précédent disque, d'autres morceaux témoignent de l'évolution d'une chanteuse affranchie comme jamais. Si elle s'accorde une berceuse vespérale (The Water) et deux pauses bucoliques (The Park, Intuition), qui n'auraient pas dépareillé sur Speaking For The Trees (2004) de Cat Power, Leslie n'hésite pas à entamer une valse vocale avec ses amis Brendan Canning et Kevin Drew de Broken Social Scene (Honey Honey). Ou à danser sous nos yeux ébahis sur le bien nommé 1.2.3.4, entraînant hymne cuivré qui pourrait l'entraîner au sommet des charts internationaux. En conclusion somptueuse, Feist invite le Norvégien Eirik Glambek Bøe, l'autre Kings Of Convenience, à duettiser sur une ballade absolument poignante (How My Heart Behaves). On ne le répétera jamais assez : Feist est la chanteuse de la décennie. N'en déplaise à ses homologues et à la gent féminine.
Franck Vergeade
MAGIC RPM  #110


Réagissez

Votre réaction :

Votre pseudo :

Prévisualiser