En moins de cinq ans, soit le temps qu'il faut à Radiohead pour ne pas enregistrer de nouvel album, Faris Nourallah a écrit, produit et publié cinq disques truffés de chansons généreuses et originales, imparfaites et bouillonnantes. Là où certains sont paralysés par des enjeux imaginaires, impuissants à dépasser leur propre importance, figés dans leur exigence perfectionniste, d'autres composent et chantent comme ils respirent, enregistrent la passionnante bande-son de leur propre vie. La préhistoire de Faris remonte à 2001, avec la sortie de l'unique album des Nourallah Brothers, douce collection de chansons pop rêveuses et atypiques ignorant tout de leur époque, objet aujourd'hui d'un culte restreint mais fervent.
À trente ans et des poussières, lui et son frère aîné Salim ont alors déjà de la bouteille. Tout gamins, ils jouent ensemble et n'ont pas encore de poil au menton qu'ils commencent à gratouiller des guitares et chatouiller une batterie. Mais leur entreprise familiale ne survivra pas à la sortie de Nourallah Brothers, sans doute appelé à rester sans suite. Longtemps brouillé avec son frangin, Faris a gardé de l'expérience l'amertume qui colle aux séparations pour incompatibilité : Salim a un studio professionnel, lui préfère un modeste 16-pistes ; Salim fait des concerts, pas lui ; Salim voyage, pas lui ; Salim enregistre des disques avec des collaborateurs pour gagner sa vie, pas lui.
Une liste d'antagonismes qui dresse en creux le portrait d'un homme qui vit dans son salon, concentré sur ses chansons, soucieux de les partager mais à une distance raisonnable de ses contemporains. Et au petit jeu des comparaisons, le cadet des Nourallah l'emporte haut la main, multipliant les morceaux de pop comme d'autres les petits pains, éditant des albums magiques à un rythme effréné quand son aîné aligne deux Lp bien peignés et un peu trop propres sur eux. En un petit quinquennat, l'Américain bricoleur et bosseur est devenu notre songwriter d'élection. Alors célébrons une fois encore le génie candide et débonnaire de Faris Nourallah, plus que jamais étincelant sur Gone, son cinquième album.
On y retrouve cet art inimitable de la mélodie de poche pliée et dépliée en moins de trois minutes, mise en son avec des moyens riquiqui mais une imagination maousse costaud. Pour les moyens, il y a cette photo sur le site du Texan, qui le plante sur un fauteuil à roulettes, vêtu d'une discutable chemisette blanche quasi transparente, un cahier et un cendrier sur les genoux, entouré d'une petite console de mixage, un ampli, un écran, un micro, une guitare acoustique, un clavier et une pile de Cd vierges. Au fond, on voit des doubles rideaux verts tout moches, les mêmes que chez papi et mamie. Pour l'imagination, il y a ces chansons magiques habillées pour le printemps : textile synthétique pour Ah Carlo (miniature assez rigolote qui fait ding dong blip), pur fil de guitare pour Northbound Train (mélodie d'une finesse et d'une pureté incroyable) ou tissu épais pour Things We Really See (guitare électrique saturée pour une pop efficace et entraînante).
Ailleurs, l'omniprésence des claviers trahit la mélancolie, voire une certaine gravité, qui imprègnent Who Started The Fire ou Forgiveness. Mais c'est surtout l'incroyable fraîcheur de l'ensemble qui enthousiasme et renvoie directement aux jeunes années de la pop, quand The Kinks, The Beatles ou The Left Banke enregistraient plus vite que leur ombre, avec une science spontanée des arrangements et un goût pour l'aventure. Faris ménage ainsi bien des surprises, des mini-feux d'artifice au sein de ses chansons : Gone ou Call It Of semblent démarrer un peu péniblement pour mieux émerveiller par la suite avec des petits bouts de trois fois rien, un changement de tempo, des choeurs, une fulgurance mélodique, des claviers frais. En cela, les albums de Faris Nourallah sont fidèles à leurs jolies pochettes signées du peintre texan Paco Felici : colorées, bienveillantes, faussement naïves, vraiment chouettes.
À trente ans et des poussières, lui et son frère aîné Salim ont alors déjà de la bouteille. Tout gamins, ils jouent ensemble et n'ont pas encore de poil au menton qu'ils commencent à gratouiller des guitares et chatouiller une batterie. Mais leur entreprise familiale ne survivra pas à la sortie de Nourallah Brothers, sans doute appelé à rester sans suite. Longtemps brouillé avec son frangin, Faris a gardé de l'expérience l'amertume qui colle aux séparations pour incompatibilité : Salim a un studio professionnel, lui préfère un modeste 16-pistes ; Salim fait des concerts, pas lui ; Salim voyage, pas lui ; Salim enregistre des disques avec des collaborateurs pour gagner sa vie, pas lui.
Une liste d'antagonismes qui dresse en creux le portrait d'un homme qui vit dans son salon, concentré sur ses chansons, soucieux de les partager mais à une distance raisonnable de ses contemporains. Et au petit jeu des comparaisons, le cadet des Nourallah l'emporte haut la main, multipliant les morceaux de pop comme d'autres les petits pains, éditant des albums magiques à un rythme effréné quand son aîné aligne deux Lp bien peignés et un peu trop propres sur eux. En un petit quinquennat, l'Américain bricoleur et bosseur est devenu notre songwriter d'élection. Alors célébrons une fois encore le génie candide et débonnaire de Faris Nourallah, plus que jamais étincelant sur Gone, son cinquième album.
On y retrouve cet art inimitable de la mélodie de poche pliée et dépliée en moins de trois minutes, mise en son avec des moyens riquiqui mais une imagination maousse costaud. Pour les moyens, il y a cette photo sur le site du Texan, qui le plante sur un fauteuil à roulettes, vêtu d'une discutable chemisette blanche quasi transparente, un cahier et un cendrier sur les genoux, entouré d'une petite console de mixage, un ampli, un écran, un micro, une guitare acoustique, un clavier et une pile de Cd vierges. Au fond, on voit des doubles rideaux verts tout moches, les mêmes que chez papi et mamie. Pour l'imagination, il y a ces chansons magiques habillées pour le printemps : textile synthétique pour Ah Carlo (miniature assez rigolote qui fait ding dong blip), pur fil de guitare pour Northbound Train (mélodie d'une finesse et d'une pureté incroyable) ou tissu épais pour Things We Really See (guitare électrique saturée pour une pop efficace et entraînante).
Ailleurs, l'omniprésence des claviers trahit la mélancolie, voire une certaine gravité, qui imprègnent Who Started The Fire ou Forgiveness. Mais c'est surtout l'incroyable fraîcheur de l'ensemble qui enthousiasme et renvoie directement aux jeunes années de la pop, quand The Kinks, The Beatles ou The Left Banke enregistraient plus vite que leur ombre, avec une science spontanée des arrangements et un goût pour l'aventure. Faris ménage ainsi bien des surprises, des mini-feux d'artifice au sein de ses chansons : Gone ou Call It Of semblent démarrer un peu péniblement pour mieux émerveiller par la suite avec des petits bouts de trois fois rien, un changement de tempo, des choeurs, une fulgurance mélodique, des claviers frais. En cela, les albums de Faris Nourallah sont fidèles à leurs jolies pochettes signées du peintre texan Paco Felici : colorées, bienveillantes, faussement naïves, vraiment chouettes.