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In Animal Tongue de Evangelista

chronique d'album
À la croisée du jazz, du rock et de l’expérimental, les albums feu follet d’Evangelista brûlent d’une poésie incantatoire absolument unique. Les images et les sons s’entrechoquent dans une quiétude qui peut tout aussi bien tourner à la furie. Ce chamanisme musical porte la marque de Carla Bozulich, musicienne chevronnée qui semble dialoguer avec les esprits depuis un endroit inatteignable, hors des modes et du temps : c’est le prix à payer pour conserver une indépendance stylistique. Que l’on soit familier ou non de son univers, une immersion dans cette psyché tourmentée devient une saisissante leçon de sorcellerie. Il ressort une fois encore d’Animal Tongue ce drôle de langage, déconstruit et pulsionnel, servi par une instrumentation erratique ou, au contraire, subtilement charpentée par une contrebasse, des violons, un piano et de bruits familiers et néanmoins inquiétants.

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Reconnaissable entre mille, la voix cendrée dévale les gammes du jazz avec une agilité féroce. Ces chansons douloureuses et poignantes arpentent, tel un animal à l’affût, des univers parallèles peuplés d’ombres gigantesques et de gouffres fascinants, parcourus de quelques éclats fulgurants. Mais cette fois-ci, Carla Bozulich a préféré aux guitares torturées d’hier une approche plus acoustique et crue, mais tout aussi débridée. Elle en oublie du même coup les vertus de l’électricité, catharsis indispensable d’un orage qu’on attend en vain pour nous sortir d’une terreur sourde et paralysante.
Thomas Bartel
MAGIC RPM  #156


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