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The Evening Descends

archive mag février 2008
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EVANGELICALS
The Evening Descends
(Dead Oceans/Differ-Ant)

Comme si j’étais une borne d’écoute FNAC avec une bouche pulpeuse en guise d’écouteurs, on me demande souvent : “Dis, ma petite chatte, qu’est-ce que t’écoutes en ce moment ? Et ça ressemble à quoi ?”. Les temps maigres, je balbutie des noms de groupes sans grande importance, histoire de ne point décevoir. Depuis quelques semaines, j’assène sans coups férir une réponse claire, nette et précise : Evangelicals. “Et ça ressemble à quoi ?”, me direz-vous. À Ziggy Stardust qui aurait décollé de Mars pour se poser sur la Lune (How Do You Sleep?, trois minutes pour synthétiser trois décennies de rock spatial), à Belle And Sebastian qui rejouerait Electronic Renaissance en violant la loi de la gravité (Stoned Again et Bloodstream), à Clap Your Hands Say Yeah enceint de Parsley Sound (Midnight Vignette), et à plein d’autres choses à la fois extravagantes et aériennes qui ont pris leur envol sur une piste bien connue. Celle de Norman en Oklahoma, la ville de Chainsaw Kittens et des Flaming Lips dont est originaire Josh Jones, le chanteur châtré et l’esprit premier d’Evangelicals qui a su emprunter aux gloires locales leur sens de la théâtralité, leur flamme épique et une musicalité aussi souple que renversante.

Souvent en flirt avec l’outrage et le mauvais goût, The Evening Descends utilise aussi bien les ficelles alambiquées du prog-rock que l’attrait sensuel de la pop élévatrice, les synthés criards eighties que les arrangements soyeux, les épanchements soul et gospel que les fulgurances rythmiques, les solos de guitares stridents joués en mode fm que les éjections sonores incongrues. Là où on a l’habitude d’évoquer des symphonies de poche, Party Crashin’, Bellawood ou Paperback Suicide (dont la fêlure mélodique finale tient du prodige affectif) font plutôt figure de mini-oratorios convulsifs, ascensionnels et horrifiques (les samples de films zombiesques sont nombreux) déclamés avec la bravoure suraigue, la grâce et l’assurance d’un empereur glam maquillé de faux sang. Des capacités vocales remarquables doublées d’une production ingénieuse qui évitent à cet ensemble baroque de sombrer avec la même lourdeur que Zappa (si ce n’est deux fins de morceaux aussi ampoulés qu’une usine d’halogènes), Josh Jones troussant même avec Snowflakes et Here In The Deadlights des slows fantasmatiques au fort taux d’humidité.

The Evening Descends est donc une œuvre puissamment extra-terrestre qui prend l’opéra rock en otage pour insuffler de l’aisance là où ce genre n’a brillé que par le labeur, et que son principal narrateur définissait déjà avec dérision, au moment de sa genèse, comme la rencontre entre Marvin Gaye et le Rocky Horror Picture Show. On aurait pu commencer par là et s’en tenir à cette sentence, mais au moins, maintenant, vous savez pourquoi j’écoute Evangelicals. Et vous devriez en faire autant mes chatons.

Anna Lester •••••°
Pour ceux qui aiment Driller Killer d’Abel Ferrara

Anna Lester

magazine num 117 article extrait de :
MAGIC RPM #117


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