Etienne Daho
Vu par Magic
Interview 2002
archive mag novembre 2002
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En octobre 2002, à l'occasion de la sortie de son superbe coffret de raretés, titres live et autres inédits, Dans La Peau De Daho, nous rencontrions Étienne Daho pour le soumettre à l'exercice du blind-test. Des morceaux de choix soumis à ce mélomane boulimique pour mieux revenir sur son impeccable parcours.
Interview Franc Vergeade & Christophe Basterra, in magic # 66
STINKY TOYS Lonely Lovers
Oh la la ! Les Toys… (Rires.) Lonely Lovers, un titre du premier Lp. Ce disque, je crois que je l’ai écouté pendant deux ans carrément sans interruption. J’ai un côté un peu obsessionnel avec les albums quand je les aime… (Rires.) Il a vraiment changé quelque chose chez moi, j’ai senti tout de suite que c’était la famille. J’ai d’ailleurs organisé un concert à Rennes, pour pouvoir les rencontrer. Ils m’avaient ensorcelé, vraiment, le mot n’est pas fort. C’est le premier groupe français qui a eu un tel effet sur moi… Auparavant, il y avait eu tous les vieux, le Velvet, le premier Pink Floyd. Les Toys n’avaient aucun rapport avec ce que je pouvais écouter à l’époque, mais l’énergie qu’ils dégageaient et leur image étaient incroyables. Elli et Jacno avaient une classe dingue. Dans leurs propos, on sentait qu’ils étaient intelligents, qu’ils avaient du goût. Ils avaient une colère, mais avec de la bonne attitude… Je dis peut-être n’importe quoi, là, mais je me comprends. (Rires.) J’avais créé une association pour monter le concert, avec deux copains que j’avais convaincus de me suivre dans cette galère. On était étudiants, et les conséquences financières se sont faites sentir pendant trois ans ! (Rires.) Mais bon, je les ai rencontrés et ça a collé tout de suite entre nous. C’est marrant, les intuitions : souvent, quand j’ai beaucoup aimé un artiste, on devient amis. Ils m’ont dit de faire des chansons, alors que j’en écrivais déjà, mais secrètement, dans la honte. (Sourire.) Et peu de temps après, j’ai commencé des trucs avec Franck Darcel. Ensuite, Jacno a produit Mythomane et Elli a réalisé la pochette.
Tout au long de ton parcours, tu as eu d’autres intuitions de ce type ?
Oui, ce sont des coups de foudre… Musicalement, j’ai l’impression de poursuivre toujours la même chose, les mêmes types d’accords, même si les genres sont différents. Je crois que je suis surtout à la recherche d’intensité. Et dans le premier album des Toys, ainsi que dans le second, on retrouve ça, avec en plus des compos sublimes… C’était vraiment un grand groupe, sous-estimé d’ailleurs, puisqu’on ne trouve même plus leurs disques.
OCTOBRE Acteurs
(Hésitation.) C’est Octobre, non ? Alors là, je n’ai pas entendu ça depuis longtemps. (Rires.) Pour Dans La Peau…, j’ai bien sûr réécouté plein de bandes, et j’avais complètement oublié certains trucs, même sur les albums. Quand je pars en tournée, j’ai tendance à jouer les mêmes vieux morceaux… D’ailleurs, ce serait pas mal que je reprenne des chansons du premier Lp. Bon, les textes sont un peu “teenage”, mais il y a des titres que j’aime bien, qui sont déjà un peu tordus, c’est déjà une fausse pop digeste. Ça venait de ce qui se passait dans ma tête, un mélange de choses extrêmement différentes. On est juste un catalyseur de tout ce qu’on aime. Et moi, j’étais à 180 degrés, ça allait de la chanson française à des choses plus underground. Avec Franck (Darcel), on était très lié, on se voyait tous les jours, c’était une amitié très forte. Je me souviens que Virgin m’avait proposé une liste de producteurs, des types réputés, dont Steve Hillage. Mais je voulais aller à fond dans ce qu’on était. D’ailleurs, je n’ai jamais essayé d’ouvrir. Je sais quand j’ai une chanson plus efficace, et dans ce cas-là, j’y vais sans honte. Parce que c’est la personnalité du morceau. Une chanson populaire, quand elle est bien troussée, elle n’est pas honteuse… Pour en revenir à Octobre, il faut reconnaître que c’était très en avance. Franck a eu ce côté visionnaire pendant assez longtemps. Ce groupe lui ressemblait beaucoup plus que Marquis De Sade, où, au bout d’un moment, il était un peu à l’étroit : Philippe Pascal et lui avaient des personnalités extrêmement fortes et personne n’arrivait à vraiment faire ce qu’il souhaitait. Dans ce morceau, il y a un côté martial, que l’on retrouve chez Franck. Ce n’est pas négatif… Je ne le vois plus beaucoup, mais avec lui, c’est pour la vie. Il est parti quelques années au Portugal, sur mes conseils d’ailleurs, et a produit des artistes qui ont bien marché. Il a d’ailleurs un don : savoir mettre les gens ensemble, créer quelque chose avec des personnalités très différentes.
FRANçOISE HARDY Viens
(Rires.) Françoise Hardy, son plus beau disque (ndlr La Question). C’est un album étrange, on a l’impression de rentrer dans une autre dimension. J’adore particulièrement un titre, Chanson d’O, où les paroles ne sont que des onomatopées : c’est la chanson la plus sexy de la terre. Je n’oserais pas la reprendre, je ne suis pas sûr du texte. (Rires.) Les deux morceaux que je me suis appropriés de Françoise (ndlr : La Berlue et Si Je M’En Vais Avant Toi) sont sur le disque qui suit celui-là, justement, et qui est l’un de mes préférés de mon adolescence. Elle y a tout écrit et composé : on sent donc très bien sa personnalité. Elle est un bien meilleur auteur-compositeur qu’on ne le dit. Je l’ai rencontrée la première fois à la sortie de Mythomane. J’ai dû faire deux ou trois radios pour la promo, et elle faisait une émission de graphologie sur RMC ou Sud Radio. Je pouvais la voir à travers la vitre du studio et je la trouvais encore plus belle en vrai. J’ai attendu la fin de son programme… J’ai été totalement maladroit : normal quand tu as vingt ans de fantasmes qui te sautent à la tronche. (Rires.) Quand je lui ai dit bonjour, je lui ai littéralement broyé la main ! Elle aussi réalise aujourd’hui un coffret, Messages Personnels…En fait, j’y ai un petit peu participé, mais je n’ai pas voulu qu’on le dise parce que j’ai déjà tellement une image de président du fan-club… (Rires.) Je trouve toujours bien de citer les gens qu’on aime. On a toujours des influences. Ceux qui ne le font pas ont peur de se faire repérer… Selon moi, il faut envoyer des fleurs aux gens qui t’ont fait grandir. Et elle en fait partie. Il y a des trucs qui me colleront toujours à la peau : Rennes, Françoise Hardy… Et fan des années 60, ne l’oublions pas. (Rires.)
Il est plus facile de se plonger dans son répertoire ou dans celui d’une artiste dont on est fan ?
Elle n’était pas contente du travail fait sur son coffret et m’a demandé d’y jeter un œil. Je m’étais bien juré de ne pas y participer, mais comme on avait bien bu, j’ai fini par accepter. J’ai appelé Antoine Carlier, le graphiste qui a bossé avec moi, un type de goût, et j’ai regardé la sélection, que je trouvais pas mal, mais… J’ai pris des inédits, des morceaux jamais sortis en Cd. À partir du moment où je m’en suis occupé, je l’ai fait comme si c’était pour moi, avec toute l’affection que j’ai pour elle… Et puis, au final, j’ai réalisé le coffret de Hardy que je rêvais d’avoir chez moi ! Il ne faut pas croire que je sois si généreux que ça. (Rires.)
THE GIST Love At First Sight
Je n’ai pas réécouté cette version depuis que j’ai fait Paris Le Flore. Pfui, c’est magnifique. Quand j’aime vraiment un morceau, j’ai l’impression d’en être l’auteur. En entendant cette mélodie, je me suis dit : “Ça pourrait être moi”. Après, reste la complexité de trouver un texte français.
Pourquoi avoir adapté ce titre alors que sur Pop Satori, tu reprends aussi Late Night de Syd Barrett en VO ?
C’est venu comme ça… J’avais une idée du Flore, où je traînais pas mal et je trouvais qu’avec la musique, ça se mélangeait bien. Mais on a eu du mal. En fait, ça a mis très longtemps à se faire très vite. (Rires.) De toute façon, on n’avait pas le choix car cet album, on l’a fait dans l’urgence. Comme on s’était fait planter par Torch Song (ndlr. groupe mené par William Orbit au milieu des 80’s) à la production, Arnold Turboust et moi, on a dû s’y coller. On bossait jour et nuit, tous les textes ont été écrits sur le vif. J’ai eu du bol que les idées me viennent. Love At First Sight fait partie des “chansons dope”, que tu peux écouter cent fois de suite… En ce moment, il m’arrive la même chose avec le dernier titre du Release des Pet Shop Boys, You Choose. On va peut-être faire quelque chose ensemble, une reprise de ce morceau. Encore une fois, ce sera une adaptation difficile car l’idée est très forte… Le français est plus laborieux parce que ce ne sont pas les mêmes sonorités et les rythmiques des mots ne tombent pas en même temps. C’est compliqué d’avoir de l’émotion, du sens et du rythme. Pour You Choose, je n’ai pas encore trouvé… (Il chante.) “C’est ton chooooix”. (Rires.) Sans commentaire ! En fait, j’ai repris à peu près tous les gens que j’aime. L’idéal, ce serait de sortir un triple album avec tous les morceaux que j’adore.
JESUS AND MARY CHAIN Happy When It Rains
J’ai eu Jim Reid récemment au téléphone. J’ai envie de travailler avec lui… J’ai eu un coup de foudre pour les deux premiers albums des Jesus, voire quelques titres après. Récemment, je suis allé dans un bar parisien, le Pop In, et j’ai pensé : “Ils sont tellement jeunes ici qu’ils ne doivent pas savoir qui je suis, c’est cool”. Et puis, le mec derrière le bar n’arrêtait pas de passer des morceaux que j’adorais… Après, il m’a avoué qu’il y avait une intention. (Rires.) Il avait justement mis cet album des Jesus. Et je me suis dit qu’il fallait que j’appelle Jim. On s’était un peu vu à une époque. J’allais voir tous les concerts, j’étais vraiment fan… À tel point que j’avais deux chansons que je voulais faire produire par Ben Rogan pour avoir le son Jesus. Dans ce groupe, il y avait tout ce que j’aime : un peu de Barrett, un peu de Beach Boys, du Velvet… En fait, si je compose seul, ça donne forcément Happy When It Rains. C’est pour cette raison que je ne fais plus beaucoup de chansons dans mon coin. Si je veux explorer autre chose, j’ai besoin de faire venir des gens.
Avec qui aimerais-tu collaborer ?
Il y a le choix… Mais Je suis assez timide et je pars toujours avec le sentiment que cela ne se fera pas. Parfois, je n’ose pas demander. Pourtant, je peux avoir de l’audace… Quand j’ai écouté le premier album de Torch Song, je voulais vraiment avoir les mêmes ambiances. Au début, William Orbit était vraiment avec nous, et l’on a fait trois titres, dont Paris Le Flore, et ça s’entend vraiment. Ensuite, il a complètement lâché le dossier. Il a toujours la même patte aujourd’hui, j’ai retrouvé des sons dans l’album qu’il a produit pour Madonna qu’il utilisait dans les années 80. J’aimerais rebosser avec lui, pour un titre. À Nicolas et Jean-Benoît de Air, dont j’adore le travail, j’ai osé leur demander… J’ai osé avec Jim. J’aurais peut-être dû le faire il y a quinze ans ! Si ça se trouve, Bleu Comme Toi produit exactement comme du Jesus aurait été bien mieux. (Sourire.)
COMATEENS Ghosts
Je ne vois pas du tout… (ndlr. il s’agit d’une version longue avec une intro au piano étrange.) Mais… C’est les Comateens ! J’ai retravaillé avec Nic North justement, on a fait trois musiques que j’aime beaucoup pour mon prochain disque. Pour l’instant, je compose plein de trucs et je verrai ensuite, j’en écarterai certainement. Et puis, dix ans après, je me dirai : “Mais je suis con, pourquoi je n’ai pas mis ce titre plutôt que cette merde”. (Rires.) J’avais enregistré des démos avec eux, dont une excellente version de Get Off My Case (ndlr. un titre du deuxième Lp du groupe, Pictures On A String, sorti en 1983), mais que je n’ai pu utiliser pour des problèmes de droits. Elles sont toutes inachevées, c’est dommage car on aurait pu aller au bout. Mais même en l’état, c’est bien. J’aurais aimé les utiliser sur Dans La Peau… car, dans un tel coffret, il faut garder un côté léger, avec des choses pas finies ou pas polies. J’ai réécouté pas mal le premier album des Comateens dernièrement et je le trouve hyper moderne en fait. Il est vraiment dans une tendance actuelle… J’adore le disque de Fisherspooner, mais visiblement, vous n’avez pas l’air de partager mon avis… (Rires.) Bon, il s’inscrit dans cette tendance 80’s, mais c’est intelligent.
ALAIN BASHUNG Dehors
(Avec la voix.) Bashung. Bizarrement, je ne le connais pas bien, alors qu’il est vraiment le type d’artiste pour lequel j’ai un attachement, de l’affection, dont j’aime chaque chose que j’entends…Ce titre est co-composé avec Les Valentins.
La plupart des morceaux que l’on a fait ensemble, ce sont des choses sur lesquelles ils travaillaient et où je suis venu foutre la merde… (Sourire.) Le dernier, c’est Pleasure Song pour Marianne Faithfull. À la base, il était plus pop, plus structuré, plus immédiat et au mix, il y a eu le parti pris de ne garder que les programmations, tant et si bien que la progression originelle a disparu. Et je trouve que la voix de Marianne est trop dedans… Mais bon, c’était son bébé, elle avait sa vision. On avait aussi fait un deuxième titre qui n’a pas été pris et que je vais certainement garder pour mon disque, tellement je le trouve bien. (Sourire.)
Il y a des artistes particuliers pour lesquels tu aimerais écrire ?
Je préfère que les choses se fassent naturellement… Disons que je suis plutôt dans la position où plein de gens me demandent et où je refuse. J’aime bien travailler en famille. J’adore bosser dans la confiance, je ne peux pas le faire dans une situation de conflit. Sinon, ce sera un ratage. Il y en a eu, comme l’album de Lio, Des Fleurs Pour Un Caméléon. C’était pourtant bien parti, mais bon… Je ne veux pas rentrer dans les détails parce que c’est presque le truc qui m’a fait arrêter de produire pour d’autres. Pourtant, j’ai été confronté à des artistes réputés comme difficiles, Daniel Darc">Daniel Darc, Jacno, Brigitte Fontaine… Mais si les gens me donnent les clés, comme Dani, tout se passe bien. Avec les autres, il faut que je travaille comme pour moi.
C’est difficile de bosser avec toi ?
Il paraît… Mais moi, je ne trouve pas. (Rires.) Bon, la difficulté, c’est que je ne laisse pas beaucoup de marche de manœuvre, je veux que les gens m’apportent quelque chose de précis. Il faudrait peut-être que je sois plus souple et le résultat serait complètement différent. Ça pourrait arriver d’ailleurs…
SAINT ETIENNE Find Me A Boy
La version de Saint Etienne de Tous Les Garçons Et Les Filles… J’ai en fait beaucoup bossé avec des fans de Françoise. Ils sont bien, les Saint Etienne, je les adore. Ils ont cette légèreté inhérente au charme même de la pop mais ils font ça avec intelligence, en cherchant toujours, sans jamais tomber dans la facilité, en arrivant à faire des tubes. Et puis, ils sont arrivés à un moment qui était vraiment important pour moi. Si je n’avais pas fait Reserection avec eux, je ne suis pas sûr que j’aurais rechanté. (Sourire.) Je crois vraiment à la magie de la vie, aux rencontres. J’ai mis tout le mini-Lp sur le coffret, parce que je l’aime vraiment bien… En Angleterre, leur reprise de Week-End À Rome, He’s On The Phone, reste leur plus gros hit… C’était rigolo de faire Top Of The Pops avec eux. Je suis un peu frustré de ne pas les avoir plus imposés en France. Cette histoire de rumeur sur ma mort a pris un tel espace qu’elle a occulté le disque. Le contexte joue toujours un rôle. Je suis sûr que si je n’avais pas été au sommet de ma popularité au moment de sortir un single comme Saudade, on me l’aurait jeté à la gueule… Il n’y a même pas de refrains et pourtant, on a fait un numéro un !
Avec le recul, tu penses que Eden, par exemple, a pâti d’un contexte ?
Ah bein voilà, on y vient ! (Rires.) Eden, c’est le seul album que je considère entièrement réussi, parce qu’il est unique, il ne ressemble à aucun autre. En tout cas, je n’en ai pas entendu. Et pour continuer dans l’auto-cirage de pompes, je trouve que j’ai été bon pour les textes. J’ai tellement d’inédits et de remixes que je compte le rééditer sous la forme d’un Eden +. Il y a notamment une ouverture qui est vachement bien mais que je ne pouvais mettre à cause de Au Commencement, qui s’imposait aussi en début de disque. Et je ne l’ai pas mise non plus sur Dans La Peau… à cause de ce projet justement. Mais je suis assez content du coffret car c’est moi… (Sourire.) Il me correspond, avec mes faiblesses, mes fulgurances, les accidents, les fluctuations. Une carrière, c’est ça. Je trouve carrément dément d’être encore là aujourd’hui… J’étais juste un fan de musique à la base, je n’étais pas musicien, j’étais autiste. Rien ne me prédestinait à cela sinon un amour immodéré de la musique et un contexte… Dans un contexte autre, peut-être que l’histoire aurait été différente : vous auriez pu être à ma place et moi, à la vôtre… (Rires.)
Ce n’est pas trop dur de continuer en considérant que son chef d’œuvre est derrière soi ?
Non… Sur le dernier disque, il y a des chansons que j’adore, comme La Baie. Mais, le propos est différent… Corps Et Armes est l’album d’un homme amoureux. Et je crois que je suis meilleur quand je suis dépressif. (Rires.)
Et là, comment ça va ?
(Rires.) Bein, j’ai quinze musiques et… un seul texte ! Mon fond de commerce, c’était un peu la détresse. Ce n’est pas facile d’écrire sur le bonheur, la plénitude, il faut que j’apprenne. (Rires.) Mais il n’y a pas de raisons pour que ça ne soit pas inspirant. Maintenant, peut-être qu’entre écrire des chansons et être heureux, je vais choisir la deuxième solution. Vous n’avez pas besoin de quelqu’un au journal ? (Rires.) J’ai très peu travaillé avec des auteurs, je trouve ça important de se chanter soi même. Sauf quand il s’agit d’une œuvre de Jean Genet… (Sourire.) Mais, en même temps, le texte de Sur Mon Cou s’intègre très bien à ce que j’ai pu chanter. Au départ, c’était un challenge. Et puis, le contexte était particulier pour moi, puisque c’était encore une fois à l’époque où je lisais partout que j’étais mort… (Rires.) Donc, arriver avec ça prenait une résonance spéciale. Mais ce n’était pas calculé, c’est un concours de circonstances. Hélène Martin, qui avait écrit la musique avec l’aval de Genet, m’avait demandé de venir chanter dans un spectacle. J’avais choisi ce titre et je l’ai gardé. C’est un joyeux hasard. Là, je l’ai intégré comme si c’était Week End À Rome. (Rires.) Je n’ai jamais voulu en faire une version studio, parce que le live a une émotion particulière… Ce texte est difficile à chanter, il te met dans un état émotionnel très fragile et ça s’entend dans la voix…
PET SHOP BOYS FEAT. DUSTY SPRINGFIELD What Have I Done To Deserve This?
Je suis devenu dingue de Dusty Springfield ces deux dernières années… C’était une belle association avec les Pet Shop, les vrais joailliers de la pop. Le refrain dans cette chanson, c’est… Une lame de fond ! Il te colle au plafond et c’est vachement rare d’arriver à ça.
Tu as souvent chanté en duo avec des femmes…
Les chanteuses, c’est vraiment tripant. (Sourire.) Si on excepte le fait que ce sont des femmes, ce sont des fortes personnalités quand même… (Rires.) Birkin, Fontaine, Hardy, Dani, c’est du lourd ! Pour en revenir à Dusty, je suis vraiment admiratif… Et dans ce cas, j’ai envie de tout avoir, y compris les merdes. (Sourire.) Avant, je connaissais les gros tubes, The Look Of Love, Spooky, Am I The Same Girl?, et sur les conseils de Bob Stanley, j’ai acheté Dusty In Memphis. J’ai pourtant mis du temps à l’écouter. Et ce jour-là… J’ai été saisi par l’interprétation, la voix, il y a une émotion, la vraie, sans esbroufe, celle qui fait les grandes âmes. Depuis, j’ai tout acheté : les bios, les disques, les vidéos. Sur Internet, il y a un fan-club vraiment bien qui a réalisé des Dvd’s : je me les suis commandés pour Noël… (Rires.) Je crois que j’aurais toujours quatorze ans, c’est atroce. Sans avoir composé, elle a mis une patte sur les chansons… Tu écoutes les originaux et elle en fait des versions cent fois supérieures : c’est un don divin. En fait, c’est son coffret quatre Cd’s (ndlr. Simply Dusty, réalisé en 2000) qui m’ a donné envie de faire le mien. Le longbox, c’est un beau format. Et puis, là, on s’adresse aux fans, à ceux qui ont saisi qui tu étais, pas les touristes qui ne connaissent que les tubes et auront toujours la même image préconçue de toi.
DANIEL DARC & BILL PRITCHARD Un Autre Rêve
Daniel… Avec Bill Pritchard, sur Parce Que. C’est la reprise de Stephanie Says du Velvet. Je les ai produits tous les deux la même année. Je pourrais peut-être me relancer dans la production à un moment ou à un autre. On me demande plein de trucs en ce moment, des musiques de films ou d’être acteur… Je résiste, mais peut-être devrais-je me lancer un peu plus. Ma dernière collaboration en date, c’est avec Ginger Ale. Ils m’ont donné la musique du morceau qui est devenu If et… J’ai mis un an pour le texte ! Et encore, j’ai d’abord pondu un truc intitulé Caïman, qui n’avait rien à voir. Je suis allé en studio avec eux et en chantant, j’ai pensé : “Ça ne va pas du tout”. Je me suis arrêté, je leur ai dit que j’allais trouver autre chose et je suis rentré chez moi aiguillonné par la honte ! (Rires.) Et j’ai écrit If immédiatement… Je trouve ça classe qu’ils ne me mettent pas en avant alors que je suis a priori le plus connu de leurs invités. Eux aussi vont me filer quelque chose à écouter pour mon album. Et comme je suis ouvert… En fait, c’est marrant d’être vieux, je trouve ça assez planant : on t’offre des choses, on te propose plein de trucs à faire. (Rires.) J’ai 46 ans, c’est pas mal déjà. Mais j’aime bien cet âge, il faut en profiter.
article extrait de :
MAGIC RPM #66
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