Etienne Daho

Vu par Magic

L'Invitation

archive mag mars 2008
Soyez le premier à réagir

Étienne Daho n’est pas un dandy. Il n’a ni la morgue, ni le cynisme nécessaire. Étienne Daho a toujours couru après la légèreté de la vie, forcément inaccessible parce que la vie n’est pas seulement un jeu. Et si son chant élégant, soufflé près du micro, n’a jamais lassé, c’est qu’il a su s’adapter à l’air du temps musical sans se soumettre aux tics sonores du moment. Et ça, c’est très dandy. Tout comme les emplacements géographiques de ses diverses résidences, détaillés dans les notes de pochette du single qui donne son titre à l’album : Paris, Barcelone, Ibiza, Londres. Étienne Daho est un hédoniste plus inquiet qu’il ne veut parfois le montrer, un existentialiste qui se refuse à la pesanteur. Le single, donc, et titre d’ouverture du disque, est l’une de ses plus belles chansons. Après des claquements de mains dignes du flamenco, la voix s’installe, doucement renforcée par une guitare acoustique en accords locomoteurs : “Ah ! Je brûle, je brûle, des tentacules, m’attrapant du fond des enfers/Me donnent la cruelle sensation, de marcher pieds nus sur du verre/La bonté de ta main généreuse et parfaite qui me fait signe d’avancer/Me donne l’aimable sensation, d’être à la vie de nouveau convié, convié”. Des cordes andalouses, des petits staccatos de violons viennent enrichir l’arrangement. Le titre est rythmiquement puissant et pourtant fantomatique. Il a été enregistré dans ses différentes maisons, et peaufiné à Abbey Road avec le fameux chef et arrangeur anglais David Whitaker, pour diriger les cordes. Ce travail d’orchestre, tout en subtilité et jamais envahissant, est parfait sur toute la longueur de l’album. Car c’est la guitare, surtout acoustique ou alors sobrement électrique, qui structure la plupart des chansons. Daho chante toujours le cœur fendu et l’intimité des corps, avec des mots très beaux et quelques clichés : “Nous aurons, nous aurons toute la mort/Pour vivre avec tes remords, mes regrets”, ose-t-il dans l’impeccable Les Fleurs De L’Interdit et son groove à la Velvet Underground. Mais comment interpréter Boulevard Des Capucines dans lequel un père trop absent hésite à approcher son fils qui joue à l’Olympia, un soir d’octobre 1986 ? Un rejeton caché engagé dans la Star Ac’ ? Ou le jeune quinquagénaire incarne-t-il son propre géniteur ? Le natif d’Oran n’a pas tout écrit : Nicolas Dubosc a composé le languide et ambigu Merveilleux Été, plein d’images estivales et de pleurs d’un amour perdu, Brigitte Fontaine a signé les paroles de Toi Jamais, Toujours…, talking blues un rien surréaliste, et Jérôme Soligny a livré La Vie Continuera, qui avance tranquillement au pas d’un homme qui marche et qui évoque une bande originale pateline de films seventies. Dans la relative sobriété des arrangements et cette option dominante acoustique, Étienne Daho se place une nouvelle fois en phase avec l’instant. Le plus frappant est qu’à aucun moment, on ne saurait vraiment donner d’âge à l’interprète. Ces chansons sont celles d’un homme qui a vécu, certes. Mais combien de temps, comme dirait l’autre ? Daho semble toujours être le jeune homme moderne plus sensible que la moyenne, le romantique qui se méfie du sentimentalisme qu’on découvrait à l’aube des années 80.

Philippe Richard

article extrait de :
MAGIC RPM #115


Réactions


Vous devez être inscrit pour laisser un commentaire :



Mot de passe oublié ? - S'inscrire