À l’heure de célébrer le centenaire de
la naissance de Jean Genet, Étienne Daho se consacre à l’adaptation d’une
lecture chantée (par moments) d’un poème de l’écrivain, Le Condamné À Mort (1942), en compagnie de mademoiselle Jeanne
Moreau (au sens qu’une ancienne tradition théâtrale confère à ce titre). Enfant
de l’assistance publique, Genet se voit ainsi confié sur disque une mère de
substitution, fût-elle maquerelle (c’est d’ailleurs le rôle que tenait
l’actrice dans l’adaptation au cinéma de son ouvrage Querelle De Brest par Rainer Werner Fassbinder en 1982). Car si le
dispositif fleure effectivement bon la théâtralité, il n’est jamais guindé. Au
royaume de la culture désormais officielle (cette lecture est même donnée sur
scène à l’Odéon), Daho fait un pas de côté. Il produit l’enregistrement sur son
propre label et prend manifestement du plaisir à chanter avec suavité les vers
les plus impudiques à propos des chibres turgescents, quand son aînée alterne
ces moments enlevés et élégants par une lecture stricte, digne du rapport de
police, qui plus est de sa voix abîmée.
Une douche écossaise du meilleur effet, dont la dualité est à-propos. Chaque fois qu’il est question de Maurice Pilorge, le condamné dont il est chanté la mort dans ce poème, et qui a aussi déclenché la rédaction du Journal Du Voleur (1949), l’ouvrage le plus célèbre de l’écrivain (“Sans lui dont la mort n’a pas fini d’empoisonner ma vie, je n’eusse jamais écrit ce livre”), Genet parle en effet et avant tout de Genet. Il creuse le mythe du double, entre violence et émerveillements. Jeanne Moreau et Étienne Daho travaillent à leur tour ce contraste, et font comme ils l’entendent : si l’hommage compassé est déplacé quand il s’agit de l’univers des voyous lyriques de Genet, cet album veille de toute manière à n’y jamais tomber. Ne dit-on pas qu’adapter ou traduire, c’est un peu trahir ? Tous les voleurs qui peuplent le monde de Genet s’y connaissent en trahison.
Une douche écossaise du meilleur effet, dont la dualité est à-propos. Chaque fois qu’il est question de Maurice Pilorge, le condamné dont il est chanté la mort dans ce poème, et qui a aussi déclenché la rédaction du Journal Du Voleur (1949), l’ouvrage le plus célèbre de l’écrivain (“Sans lui dont la mort n’a pas fini d’empoisonner ma vie, je n’eusse jamais écrit ce livre”), Genet parle en effet et avant tout de Genet. Il creuse le mythe du double, entre violence et émerveillements. Jeanne Moreau et Étienne Daho travaillent à leur tour ce contraste, et font comme ils l’entendent : si l’hommage compassé est déplacé quand il s’agit de l’univers des voyous lyriques de Genet, cet album veille de toute manière à n’y jamais tomber. Ne dit-on pas qu’adapter ou traduire, c’est un peu trahir ? Tous les voleurs qui peuplent le monde de Genet s’y connaissent en trahison.