En kiosque actuellement Commander
Mes aïeux, visez-moi d’abord cette pochette ! La posture du contemplatif soucieux, mais prêt à jaillir comme cette banane rockab’ qui surplombe en masse une bouille pouponne tracée de manière inhabituelle, avec ce teint mate qui fait gicler la blancheur transparente d’un marcel heureux d’envelopper de justesse une musculature sèche et des tétons saillants… À moins d’être myope comme une taupe, difficile de ne pas s’apercevoir que Ben Esser est une star. Maintenant, mes aïeux, écoutez-moi ce premier album ! À moins d’être sourd comme un pot, impossible de ne pas réaliser que Ben Esser est un tueur.

Un assassin du détail qui traque la note inutile telle la vermine, qui écrabouille la digression comme un cloporte, qui flingue l’ennui tel l’ennemi intime et établit avec Braveface un tableau de chasse édifiant. Trente-cinq minutes, dix chansons aussi fières, fines et attractives que des liserés Fred Perry, et autant de compositions fondues dans le même moule à addiction qui servit autrefois à Beck ou Blur, mêlant l’ingéniosité crossover du premier à la paillardise mélodique des seconds. D’ailleurs, si les coups de pression Leaving Town et This Time Around, armés de riffs robotisés qui giclent par saccade, réactualisent Parklife (1994) de la bande à Damon Albarn en deux, trois mouvements, le mimétisme vocal avec le démiurge anglais s’avère tellement confondant sur un Real Life hors du temps que l’on croirait entendre là un inédit de Think Tank (2003). Naturellement, cet essai inaugural attendu depuis belle lurette recèle aussi la poignée de titres avant-coureurs qui avaient forgé nos espoirs : Braveface et son entrain en “fa-faaa-fa-fa-faaaaaaa” majeur, Headlock et ses vibrations electro qui rebondissent contre l’enceinte, la sonate au piano du gréco-slave Satisfied, Work It Out qui sacrifie à la mode du refrain autotuné, et le chafouin I Love You.

Autant de  mobiles pour auditeur matés par un accent de loubard qui vous tord l’oreille, samplés et agencés minutieusement avec un édifiant sens de la rythmique qui convoque tantôt le tatapoum du rockeur qui voit rouge, tantôt les bleeps du machiniste qui n’a pas levé les yeux de son laptop depuis des siècles. Un cadencement mêlé à une science du chant qui convertit chaque inflexion en outil mélodique potentiel, qui découpe et décuple les mimiques vocales pour les expédier illico à l’intérieur de l’écheveau électro-organique, comme autant de nouvelles prises auxquelles l’auditeur peut s’agripper. L’acmé haletant Stop Dancing en est le paradigme, grand frère de Real Life qui pétrifie l’attention autant qu’il ensorcelle par ses hululements qui font la ronde au sein d’une ambiance incantatoire marquée par des coups de tambour.

Cette pièce maîtresse consacre le talent d’un nouvel échantillon de ces entertainers précoces venus de Grande-Bretagne, autant fan des sixties Joe Meek que du UK Garage actuel, à la fois foutu songwriter, grand bricoleur et chapardeur à l’enthousiasme contagieux. Aussi cool que Mike Skinner, moins tête à claques que Lily Allen, meilleur que Just Jack, plus fréquentable que Dizzee Rascal, plus réel que 2D ou Noodle, moins putassier que Calvin Harris, prem’s en attendant Thecocknbullkid… Si la pop anglaise est une perpétuelle ripaille, Braveface apporte à la table de sacrés bonds d’Esser.
Jean-François Le Puil
MAGIC RPM  #132


Réagissez

Votre réaction :

Votre pseudo :

Prévisualiser