En 1998, on l’a
découvert crachant sur la chanson française sur un disque qui fit date dans
l’Hexagone : “Malgré tout, j’emmerde
la chanson française/Après tout, que sont les deux tiers de l'iceberg, sinon
merde, clichés, musique pour chien/Sinon, merde, clichés, du bruit pour rien”.
Douze ans et seulement deux albums plus tard, Erik Arnaud est marié, doublement
père de famille et assène ces mots définitifs sur un ton paradoxalement
las : “J’ai trop de choses à dire/Tellement
je suis heureux”. Toute l’intégrité d’Arnaud Chochoy est ici résumée dans
sa prose… Combat, neuvième plage d’un
Lp attendu depuis 2002. Huit longues années d’absence autant imputables aux
inconséquences de l’industrie du disque qu’aux joies familiales. Viré de
Labels, laboratoire de Virgin finalement soumis aux mêmes diktats commerciaux que
la maison-mère, Erik Arnaud ébaucha même pendant sa retraite discographique
cette chanson testamentaire au débit de son ancien employeur : Moby & Moi.
Aujourd’hui, celui dont son nouveau label, Monopsone, dit que “ses mots nous perforent à chaque écoute” rend, sur le déroutant Richard Cordoba, un hommage au turbulent mais tricard Abel Ferrara, en particulier à son premier long métrage officiel, Driller Killer (1979), ou le tueur… à la perceuse. Il est tentant d’y voir-là l’affirmation d’un système esthétique et moral qui vaudrait aussi pour le “chanteur angoissé”. C’est le cri de rage d’un artiste surdoué qui vrille à travers le genre (le gore pour l’un, la chanson de trois minutes pour l’autre) un passage que le public mettra encore longtemps à lui ouvrir. Artiste, il l’est à travers le personnage principal que le réalisateur interprète lui-même : un peintre en butte à l’incompréhension des financiers, à tel point qu’il se livre au meurtre gratuit à la perceuse. Au lieu de faire simplement du gore, le cinéaste new-yorkais capte, telle une performance d’action painting, les geysers sanglants projetés sur des murs éclairés d’une lumière aux éclats métalliques. “Je m’appelle Richard Cordoba/Je me tiens encore debout”, chante quant à lui Arnaud, dans ce rôle de composition qui lui sied à merveille. Chez le Français aussi, la violence – verbale – est devenue conceptuelle, ou équivoque, pas seulement exutoire, arbitraire ou démente. “Ces connards qui voudraient que je m'explique”, estimait-il, à l’époque de Comment Je Vis (2002).
Il a tenu parole, même si L'Armure, bien que toujours sans concession, révèle des nuances et des finesses essentielles qui sont le fruit de toutes ces années d’un silence discographique passé à vivre. “Huit années où j’ai vécu un peu au ralenti, un peu retiré dans la vraie vie, parfois de la vraie aussi…”, comme il l’écrit lui-même dans une autobiographie à son image : franche et modeste. L’enthousiasme immédiat provoqué par les retrouvailles (Cheval, emballant titre d’ouverture et possible ouverture radiophonique) témoigne de l’envie de ce franc-tireur d’en découdre : “As-tu un truc à me dire ?/Une saloperie à m’offrir ?” Mi-rustaud, mi-oulipien, un morceau comme Rocco, avec sa mélodie d’une séduction évidente et ses mots simples et frappants – une constante – se révèle pourtant être ce que les anciens appelaient “une œuvre à tiroirs”. La chanson fait taper du pied, cite autant l’homme politique francilien Michel Rocard que le hardeur des Abruzzes Rocco Siffredi, quand on se demande au final si on ne nous parlerait pas de la solitude et de la mélancolie viscontiennes des héros sans grade de Rocco Et Ses Frères (1960). On pourrait fouiller longtemps dans ces chansons comme autant de pièces originalement agencées.
Mais, si le disque, d’ailleurs remarquablement vaste et généreux, procure un sentiment d’achèvement et de complexité (tel un accouchement après neuf mois de grossesse incertaine ?), Erik Arnaud montre qu’il préfère quand même les personnages aux décors, l’émotion à l’abstraction purement théorique. Des personnages dans lesquels il s’ingénie toujours à placer une part de doute, d’ambiguïté, sans perversité ou geste ostensiblement savant. Il ne reprend pas Manset pour rien (Vies Monotones), cet artiste si compliqué dont les disques, à leur meilleur, sont pourtant si désarmants. En 1998, déjà, Erik Arnaud évoquait son mentor, toujours dans Ma Chanson Française : “J’ai appelé Manset/Il m’a dit : « Je voyage en solitaire »/Il m’a raccroché au nez/Mais nul n’oblige à me taire”. Il ne faut donc pas se laisser intimider par les références ou par l’humeur cafardeuse du bonhomme, à la fois langue bien pendue et avare de ses mots. Erik Arnaud crée d’abord une émotion à partir d’une expérience pop, il ne fait pas du verbiage. Oui, il tempête, non, il n’est pas prêt d’être disque d’or. Mais être humain, c’est lutter, et c’est aussi reconnaître parfois l’impossibilité de le faire. Si cette Armure-là est coupante comme une plaque de métal, elle vacille sous le coup des battements du cœur.
Aujourd’hui, celui dont son nouveau label, Monopsone, dit que “ses mots nous perforent à chaque écoute” rend, sur le déroutant Richard Cordoba, un hommage au turbulent mais tricard Abel Ferrara, en particulier à son premier long métrage officiel, Driller Killer (1979), ou le tueur… à la perceuse. Il est tentant d’y voir-là l’affirmation d’un système esthétique et moral qui vaudrait aussi pour le “chanteur angoissé”. C’est le cri de rage d’un artiste surdoué qui vrille à travers le genre (le gore pour l’un, la chanson de trois minutes pour l’autre) un passage que le public mettra encore longtemps à lui ouvrir. Artiste, il l’est à travers le personnage principal que le réalisateur interprète lui-même : un peintre en butte à l’incompréhension des financiers, à tel point qu’il se livre au meurtre gratuit à la perceuse. Au lieu de faire simplement du gore, le cinéaste new-yorkais capte, telle une performance d’action painting, les geysers sanglants projetés sur des murs éclairés d’une lumière aux éclats métalliques. “Je m’appelle Richard Cordoba/Je me tiens encore debout”, chante quant à lui Arnaud, dans ce rôle de composition qui lui sied à merveille. Chez le Français aussi, la violence – verbale – est devenue conceptuelle, ou équivoque, pas seulement exutoire, arbitraire ou démente. “Ces connards qui voudraient que je m'explique”, estimait-il, à l’époque de Comment Je Vis (2002).
Il a tenu parole, même si L'Armure, bien que toujours sans concession, révèle des nuances et des finesses essentielles qui sont le fruit de toutes ces années d’un silence discographique passé à vivre. “Huit années où j’ai vécu un peu au ralenti, un peu retiré dans la vraie vie, parfois de la vraie aussi…”, comme il l’écrit lui-même dans une autobiographie à son image : franche et modeste. L’enthousiasme immédiat provoqué par les retrouvailles (Cheval, emballant titre d’ouverture et possible ouverture radiophonique) témoigne de l’envie de ce franc-tireur d’en découdre : “As-tu un truc à me dire ?/Une saloperie à m’offrir ?” Mi-rustaud, mi-oulipien, un morceau comme Rocco, avec sa mélodie d’une séduction évidente et ses mots simples et frappants – une constante – se révèle pourtant être ce que les anciens appelaient “une œuvre à tiroirs”. La chanson fait taper du pied, cite autant l’homme politique francilien Michel Rocard que le hardeur des Abruzzes Rocco Siffredi, quand on se demande au final si on ne nous parlerait pas de la solitude et de la mélancolie viscontiennes des héros sans grade de Rocco Et Ses Frères (1960). On pourrait fouiller longtemps dans ces chansons comme autant de pièces originalement agencées.
Mais, si le disque, d’ailleurs remarquablement vaste et généreux, procure un sentiment d’achèvement et de complexité (tel un accouchement après neuf mois de grossesse incertaine ?), Erik Arnaud montre qu’il préfère quand même les personnages aux décors, l’émotion à l’abstraction purement théorique. Des personnages dans lesquels il s’ingénie toujours à placer une part de doute, d’ambiguïté, sans perversité ou geste ostensiblement savant. Il ne reprend pas Manset pour rien (Vies Monotones), cet artiste si compliqué dont les disques, à leur meilleur, sont pourtant si désarmants. En 1998, déjà, Erik Arnaud évoquait son mentor, toujours dans Ma Chanson Française : “J’ai appelé Manset/Il m’a dit : « Je voyage en solitaire »/Il m’a raccroché au nez/Mais nul n’oblige à me taire”. Il ne faut donc pas se laisser intimider par les références ou par l’humeur cafardeuse du bonhomme, à la fois langue bien pendue et avare de ses mots. Erik Arnaud crée d’abord une émotion à partir d’une expérience pop, il ne fait pas du verbiage. Oui, il tempête, non, il n’est pas prêt d’être disque d’or. Mais être humain, c’est lutter, et c’est aussi reconnaître parfois l’impossibilité de le faire. Si cette Armure-là est coupante comme une plaque de métal, elle vacille sous le coup des battements du cœur.
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Savez-vous où est-ce que je peux trouver les paroles de cet album?? je ne les trouves nulle part!
http://surjeanlouismurat.over-blog.com/article-inter-vious-et-murat-n-7-erik-arnaud-56349887.html
ERIK ARNAUD parle de Murat, de Manset et de lui.. interview exclu
ERIK ARNAUD parle de Murat, de Manset et de lui.. interview exclu
vu il y a 3 jours en concert, erik arnaud est fidéle à ces textes:
bon et généreux. Merci pour cette soirée et vivement le prochain album
ps: il manqué juste la chanson je vis à 50%
bon et généreux. Merci pour cette soirée et vivement le prochain album
ps: il manqué juste la chanson je vis à 50%
Un disque vraiment incroyable qui tourne en boucle sur ma platine. A quand un 4ème !!!