Pour toujours, Eric Matthews restera d'abord l'homme d'une rencontre, celle qui a vu le hasard l'unir fugitivement à Richard Davies, le temps d'enregistrer un album magistral de pop mélodieuse et déliquescente, publié en 1994 sous le pseudonyme commun de Cardinal, et qu'une réédition promise avant l'été devrait permettre de réapprécier à sa juste et immense valeur. Il n'est d'ailleurs pas anodin que Matthews consacre, pour son grand retour, un morceau entier à l'évocation de ce glorieux passé (Cardinal Is More, comme une lettre d'excuses adressée tardivement à son ancien compère). C'est pourtant en solitaire qu'il a, depuis, poursuivi sa route, témoignant sur deux Lp's, souvent somptueux, de ses dons originaux de compositeur et d'arrangeur, rompu aux subtilités de l'harmonie classique. Un talent rare qui ne lui aura malheureusement pas permis d'accéder à une reconnaissance commerciale suffisante pour voir ses contrats reconduits. Du coup, on était resté sans nouvelles ou presque depuis huit ans. À l'écoute des sept morceaux ici rassemblés, on ne peut qu'être rassuré sur l'état de santé artistique de ce cher disparu. C'est bien simple, Joe Pernice ou Kevin Tihista mis à part, on connaît peu de songwriters contemporains capables de maîtriser avec une telle finesse des superpositions de mélodies aux tonalités riches et surprenantes. Et même si les chansons souffrent parfois du manque de moyens financiers consacrés à leur réalisation, il n'en demeure pas moins que les astuces de bricoleur déployées par Matthews suffisent, la plupart du temps, à faire office de rustines musicales plus que présentables. Au point que l'on croirait parfois entendre un album inédit de Crosby, Stills, Nash And Young produit par Burt Bacharach. De quoi se consoler, provisoirement, d'une si longue absence.