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Interview - 18/03 de Empire Of The Sun

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Échappés de Pnau et The Sleepy Jackson, leurs formations respectives, Nick Littlemore et Luke Steele ont façonné Empire Of The Sun, un projet facétieux et débridé, entièrement conçu et porté à quatre mains. Avec Walking On A Dream, un premier album fantasmagorique, électronique et psychédélique, le duo australien pourrait bien régner sur l’année 2009. Du haut de leur trône pailleté, ces deux têtes bientôt couronnées de succès rêvent à voix haute d’une histoire sans fin.


À l’étage de la suite en duplex de l’hôtel Murano, on peaufine le maquillage en écoutant Shuggie Otis. Quelques rires s’échappent, puis la musique s’évanouit. Grimés en Lord Littlemore et Emperor Steele, Nick et Luke descendent les marches solennellement. On croirait cette mise en scène réglée au millimètre. En réalité, il s’agit surtout pour les deux Australiens d’éviter une malheureuse dégringolade, un vulgaire accident de costume (pieds pris dans la robe, plumes qui se plient contre le plafond…). Le ridicule ne tue pas, mais gare aux entorses. Le duo prend d’ailleurs un malin plaisir à en réaliser. Au bon goût comme aux règles en vigueur dans l’industrie du disque. Et à observer de plus près les deux personnalités qui composent Empire Of The Sun, comment aurait-il pu en être autrement ? 

Une fois n’est pas coutume, c’est un directeur artistique bien inspiré qui a joué les entremetteurs entre la moitié de Pnau et la tête pensante de The Sleepy Jackson. “Notre rencontre, il y a huit ans, avait été arrangée par une personne de notre maison de disques commune”, concède Luke Steele. “Pourtant, il y a eu immédiatement une étincelle entre nous. L’air était chargé d’électricité”, se souvient Nick Littlemore. L’ex-camarade de Ladyhawke au sein de Teenager arbore des faux airs de Wayne Coyne sous sa coiffe d’Indien. Il avoue tout de go sa fascination pour son nouveau collègue, un type étrange et charismatique qui trimballait toujours une valise “dans laquelle il mettait chaque jour quelque chose de différent, comme des fleurs artificielles qu’il avait fabriquées, ou simplement une banane”. Dès leur première entrevue, les deux garçons filent s’enfermer dans le studio de Nick au milieu du bush, et donnent naissance à une petite poignée de chansons. Puis Littlemore, pour les besoins d’un morceau de Pnau baptisé With You Forever (ndlr. extrait de Pnau, 2007), demande à Steele de lui prêter sa voix. “Le résultat était si puissant qu’on a eu envie de jeter à la poubelle tout le reste de l’album”, se rappelle-t-il, toujours aussi incrédule.

Malgré un sérieux handicap géographique (l’un réside à Perth sur la côte ouest australienne, tandis que l’autre vit à Sydney, soit strictement à l’opposé) et des emplois du temps difficiles à recouper, l’idée d’un projet commun fait son chemin. “On s’est dit qu’il fallait capitaliser sur la magie qui opérait entre nous. Quitte à ne se retrouver qu’un jour par-ci, par-là. Alors, dès que nous avions un peu de temps, l’un de nous se déplaçait, et nous allions en studio pour écrire et enregistrer. À chacune de nos rencontres, nous finissions de nouveaux morceaux”. “Finalement, ce n’était pas du tout frustrant de travailler sur un tel grand projet en si peu de temps, car nous n’avions aucune pression”, explique Nick. “Nous avons tout fait nous-mêmes, sans l’aide d’un label, ni d’un manager. Nous ne nous sommes intéressés à la partie business que bien après la réalisation de l’album. Nous sommes tous deux producteurs depuis de nombreuses années, alors nous savons très bien comment faire sonner un disque de façon massive. Nous n’avions pas besoin de millions de dollars pour cela. L’imagination, c’est la clef”.

ALCHIMIE

Enregistré en majeure partie à Sydney, Walking On A Dream a bénéficié de la participation de Pete Mayes, l’acolyte de Littlemore au sein de Pnau, qui l’a mis en boîte et mixé. Quant au reste des tâches, il est à dessein difficile d’en attribuer la paternité à l’un ou à l’autre. “Nos rôles au sein de l’Empire ne sont pas délimités. Notre travail commun est basé avant tout sur l’alchimie et le respect mutuel”, explique Luke. “C’est une leçon d’humilité. Car nous avons décidé de tout mettre au service du projet et non de ses protagonistes. Nous voulions à tout prix qu’Empire Of The Sun soit autre chose que la somme de ses parties”, ajoute Nick. Pari gagné. En parcourant ce premier album, les particularités de l’écriture de Luke Steele ou des productions de Pnau paraissent  transcendées. Ces dix chansons hybrides entre disco et psychédélisme semblent parfaitement émancipées d’une quelconque tutelle immédiate. Tout au plus We Are The People rappellera par endroits l’éternel The Power Of Love de Frankie Goes To Hollywood, tandis que Half Mast évoquera Chicago et son increvable If You Leave Me Know. Lorsqu’on les questionne sur ces potentielles influences, leurs auteurs  n’opposent pas de réaction véhémente :

“De grandes chansons ont été composées à la fin des années 70 et au début de la décennie 80”
, reconnaît Luke. “On voulait retrouver la puissance de ces morceaux, leur capacité à émouvoir”. “Mais nous nous inscrivons dans une démarche de vérité. Il y a beaucoup de musique pastiche ou ironique ces temps-ci. C’est la mode qui veut ça, mais nous avons voulu concevoir des chansons qui durent. Celles que tu viens de citer, qu’on les aime ou non, sont toujours vivantes aujourd’hui. Elles font partie des meubles. C’est ce que nous aimerions atteindre”, tient à préciser Nick. Alors, lorsqu’on essaie de les cantonner à l’air du temps, les deux membres d’Empire Of The Sun n’hésitent pas à faire front. Agacé par d’incessantes comparaisons avec un fameux duo américain en quatre lettres qui a monopolisé l’année 2008, Luke balaye d’un “question suivante” nos interrogations sur le sujet. C’est que l’entreprise de ces Siegfried & Roy de la pop moderne se veut autrement plus ambitieuse que celle de leurs congénères new-yorkais.

“Quand nous avons eu écrit environ cinq morceaux, je suis allé voir Luke sur la côte ouest, et nous avons inventé une histoire autour de la musique. Cela nous a servi de base pour la suite. Car on voulait aller plus loin qu’une simple collection de chansons”
. Tandis que son premier Lp sort en ce printemps en Europe (six mois après sa parution australienne), le groupe envisage de pousser le concept jusqu’à la réalisation d’un film. “Cela prend beaucoup de temps. Le cinéma, c’est cher, et avec la crise… Pour l’instant, je peaufine l’écriture. Mais on a déjà tourné quelques scènes à Shanghai, au Mexique et à Bombay”, soit certains des lieux où furent mises en boîte les vidéos granguignolesques de Walking On A Dream et We Are The People.

Mais alors qu’on prenait la débauche de kitsch et les poses outrageuses pour de la provoc’, le groupe tient une nouvelle fois à clarifier les choses : “Je ne vois pas comment les gens pourraient être effrayés par notre imagerie ou le message que l’on porte. Car on ne parle que d’amour. Empire Of The Sun est un projet exclusivement inclusif. Tout le monde devrait pouvoir s’y retrouver.” Depuis quand est-il interdit de rêver ?
Faustine Kopiejwski
MAGIC RPM  #129


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