Sur son premier Ep Star, Elysian Fields sidérait par une riche mise en scène sonore. Autour de la voix érotisante de Jennifer Charles sublime, forcément sublime, s'articulaient de beaux blues glacés, des ballades à bulles de champagne, le tout ornementé par de classieux New-Yorkais - John Lurie et Marc Ribot. Pour leur première apparition, Elysian Fields était atteint d'hyper-professionnalisme aigu. L'album Bleed Your Ceddar confirme : programme luxueux, à défaut d'être luxuriant, des chansons qui invitent à l'envoûtement des sens, d'excellents musiciens rompus au jazz et au rock bleu/nuit... Pas de doute, c'est un beau disque. Mais d'où vient alors cette sensation diffuse d'ennui ? Trop parfait, Elysian Fields se laisse aller, paresseusement lové dans des habitudes de (déjà) vieux groupe qui aurait tout prouvé : son aptitude à se mouvoir dans le creuset ancien d'un style jazzy, proche de Rickie Lee Jones, plus en tout cas que d'un Mazzy Star en version new-yorkaise, ses partitions impeccables où la Miss occupe sa fonction de Star, aussi sobre qu'une actrice hollywoodienne de la grande époque. Trop de "chochotements" soi-disant sensuels agacent un auditeur qui, s'il désire être troublé, préférera les oeuvres de Julie London. Quoi qu'il en soit, Elysian Fields sait écrire de belles mélodies, mais les parent d'un écrin trop soyeux pour être honnête.