Comme le disait si bien Santi aux candidates recalées de Popstars, on ne va pas chercher à se mentir : en 2002, le nouvel album d'Elvis Costello n'est pas beaucoup plus pertinent que ceux d'Electric Light Orchestra ou de Mick Jagger. Par respect pour toutes ces copies de Get Happy! ou Imperial Bedroom qu'on a usées jusqu'à la corde à force de les apprendre par coeur, il faut bien admettre que celui qui était encore il n'y a pas si longtemps à la fois notre Lennon et notre McCartney, notre Dylan et notre Wilson, n'a plus grand-chose à nous apprendre. Peut-être est-il en cause, peut-être est-ce l'époque. En tout cas, on a désormais du mal à voir autre chose dans l'écriture de Costello, autrefois mystérieuse et fascinante, qu'une série de procédés et d'artifices tournant à vide autour de chansons paresseuses. Il a beau convoquer trois jeunes apprentis Attractions pour l'aider à durcir le ton, chanter en traînant sur les voyelles et en serrant les mâchoires pour paraître mordant. On ne peut s'empêcher de se souvenir que, avec Brutal Youth, il avait déjà fait le coup du retour aux sources rock après l'escapade classique, et de façon autrement plus convaincante. Fidèles, aveuglés par l'amour, les fans attentifs pourront toujours repêcher les quelques instants de grâce qui flottent brièvement à la surface de cet album. On est cependant prêt à parier qu'ils prendront davantage de plaisir en investissant dans une série de rééditions printanières qui les aideront à se souvenir du bon vieux temps, celui où Costello était vraiment cruel. Et génial aussi.