Pour les fans trop longtemps déçus par les piètres errements du génial binoclard, l'événement mérite d'être salué. Après dix ans de vaches maigres, voici le premier album solo vraiment intéressant de Costello qu'on ne cherchera pas au rayon des rééditions. De paresseuses reprises destinées à liquider son contrat avec Warner (Kojak Variety) en vaines tentatives pour refourguer une version rajeunie mais affadie de The Attractions (When I Was Cruel), on avait fini par douter que l'immortel auteur de Get Happy ou Imperial Bedroom, transformé en précieux ridicule, ait encore quelque chose de pertinent à nous dire. On avait même tout à craindre du contexte personnel dans lequel North a été écrit : cette crise de la cinquantaine si prévisible, cette nouvelle passion pour Diana Krall, équivalent jazzy et féminin d'André Rieu. Mais on pardonne aisément à Costello son amour pour son impayable tromblon canadien du moment qu'il lui inspire des chansons de ce niveau et qu'ils s'abstiennent d'enregistrer en duo. Réalisé en compagnie du fidèle et toujours impeccable Steve Nieve, North frappe justement par son dépouillement et son absence salutaire de toute prétention classique trop évidente. Et si les références à Bacharach, Jerome Kern ou Nat King Cole abondent, Costello parvient à s'extraire de l'ombre écrasante des grands maîtres du songwriting en privilégiant un sens salutaire de la retenue aux élans castafioresques qui rendaient, de facto, inécoutables ses travaux avec le Brodsky Quartet. Le retour en grâce n'est plus très loin.