"Le seul choix dans la vie/C'est d'en avoir ou pas", balance-t-elle d'emblée sur ce Soulève-Moi stoogien à souhait, immense single estival annonciateur d'un album en forme de retour en grâce. Certes, on savait depuis longtemps que la virilité est une qualité largement répartie entre les deux sexes et que, confrontée à ce dilemme, la belle Elli n'a jamais hésité bien longtemps à choisir son camp, et ce depuis son adolescence proto-punk. Mais il faut en avoir, et sacrément (du talent et de l'audace bien sûr...) pour oser ainsi revisiter son passé tout en se réinventant un présent à la hauteur du mythe. Icône punk ayant survolé, comme par accident, les toits (mon toit) du Top 50, le temps d'un succès public éphémère, Elli avait choisi depuis près de deux décennies de se consacrer à d'autres formes artistiques (le théâtre, le cinéma). Épaulée par ses admirateurs d'hier (Étienne Daho, le fan de toujours) et d'aujourd'hui (Dimitri Tikovoi), elle prouve ici par l'exemple que l'on peut continuer à être en ayant été. En onze morceaux et sans la moindre faute de goût, elle réussit le tour de force de se coltiner sans complexe à sa propre légende, le temps de trois relectures des Stinky Toys (For You, Lonely Lovers et More Than Me, qui ont gagné en profondeur ce qu'ils ont perdu en naïveté), comme pour mieux faire preuve de sa capacité intacte à proposer de nouveaux titres largement aussi forts. Balayant un panorama musical au spectre aussi large que cohérent, Medeiros alterne avec une aisance déconcertante les rocks urgents et torrides (Soulève-Moi), le dub moite de The Alien, ou les chaloupements andalous de Altar, avant de se déguiser en Marylin le temps d'une irrésistible reprise de Cole Porter avec l'ami Étienne (My Heart Belongs To Daddy). Avec cette voix pour laquelle on finit rapidement par tomber à court d'épithètes tant elle regorge de nuances contrastées, Elli rugit, murmure, déclame ou susurre avec un aplomb et une maîtrise constantes. Impressionnant, tout simplement.