Au jour du jugement dernier, si Elf Power est damné, ce ne sera certainement pour avoir pêché par excès de paresse. Avec quatre albums sortis en France en un peu moins de deux ans, dont trois en 2002, les joyeux drilles psychédélisants d'Athens carburent à un rythme de croisière presque digne du Baby Bird des débuts. Abondance de biens finirait-elle par nuire ? On commence à s'interroger à l'écoute de ce dernier opus, hommage déférent rendu par le combo psyché pop à ses sources d'inspiration, sous forme de seize reprises. Sur le fond, Nothing's Going To Happen ne nous apprend pas grand-chose. Comme à peu près toutes les formations américaines de sa génération, Elf Power s'est éveillé à la musique tout au long des 80's au son de l'after-punk venu d'Angleterre (Buzzcocks, The Jesus And Mary Chain) avant de se replonger dans les sources cultes enfouies au fond des garages 60's (Rocky Erickson), et d'éprouver une fascination adolescente, bien excusable, pour le hardcore local (Bad Brains, Husker Dü). Sa discothèque, sans véritable originalité, semble donc s'appuyer sur les mêmes piliers que celle de la plupart de ses confrères. Dans un exercice de style contraignant, dont seuls quelques rares artistes ont su se tirer avec classe (Nick Cave, The Walkabouts), Elf Power peine à trouver ses marques et à faire souffler la petite brise de folie qui faisait le charme de ses propres compositions. Le bien nommé Nothing's Going To Happen est finalement à l'image de ce groupe : éminemment sympathique mais largement dispensable.