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Sad Cities Handclappers de Electric Electric

chronique d'album
Enfants,nous dûmes subir cette effarante réclame vantant les mérites d’un produit d’entretien reprenant à peu de frais une esthétique pseudo-industrielle et cryptototalitaire pour le particulier : “VIGOR, la puissance industrielle au service de vos sols”. À l’écoute de ce tant attendu premier album d’Electric Electric, on pourrait le reprendre à notre compte, tant ce disque est violent, cet effrayant slogan simpliste. Electric Electric, c’est la puissance de Slayer au service de Shellac. Mais ce serait effectivement simpliste, ne serait-ce que parce que la pochette de l’opus est un merveilleux pastiche/hommage (rayez la mention inutile) au Loveless (1991) de My Bloody Valentine. On craignait que les orages électriques subis sur scène ne soient impossibles à reproduire sur un format enregistré, mais le sadisme flagrant de la première écoute (la meilleure) de Sad Cities Handclappers vient balayer, avec une puissance non moins industrielle, tous nos doutes. Dans le contexte actuel de l’indie rock, qui signifie pour le commun des mortels un genre de chorale communautaire chantée, ce duo alsacien ne devrait pas être autorisé à enregistrer. D’où le côté salvateur, génial, dérangeant et simplement jouissif de ce disque barré. C’est pour la discipline (ce côté surtendu, obtus, psychorigide) que l’on pense à Shellac, mais un Shellac qui assumerait alors sa fascination pour le mal absolu (Slayer, donc), tout en restant dans les limites de la modernité, par un usage parcimonieux mais extrêmement bien tourné de l’électronique. On pense aussi au LCD Soundsystem prisonnier d’une secte sataniste, ou à un groupe afro centré coincé au mitard par d’intraitables officiers est-allemands. On songe aussi, assez souvent, à Trans Am. Apocalyptique, inhumain, et même parfois franchement pénible, Sad Cities Handclappers est mu par une force et des idéaux que l’on croyait oubliés depuis longtemps. Gageons qu’il impressionnera autant d’oreilles vierges que ne le fit la production de Martin Hannett sur Unknown Pleasures (1979) de Joy Division. Rien moins que la ligne Maginot du math, que dis-je, du free rock.
Étienne Greib
MAGIC RPM  #123


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