Finalement, c'est simple, le rock'n'roll. Comme dans Peter Pan, il suffit de fermer les yeux et d'y croire. Si les ingrédients utilisés par les Lili La Tigresse d'Electrelane sont disponibles chez tous les bons faiseurs (des Cramps aux Stooges en passant par les B52's et Puccini), leur potion magique est explosive. Tout est question de dosage, et ces Miss Tick savent justement très bien ce qu'elles font. Verity Susman, Emma Gaze, Rachel Dalley, Mia Clarke : retenez ces noms, ils seront bientôt scandés par tous. Leurs jerks endiablés évoluent en montagnes russes, secoués par des guitares enchevêtrées comme autant de barbelés, tandis que d'omniprésents Farfisa mènent cette marche funèbre à couper le souffle. Tout en sinuosités retorses, ces symphonies cinématographiques donnent la troublante impression que quelqu'un se serait branché sur le cerveau de Dario Argento et en aurait extrait ses mélodies intimes. Film Music, en particulier, est une longue ascension mystique, pathétique : avec Electrelane, le cinéma n'est jamais plus splendide que quand on est aveugle. Pire encore, les demoiselles ajoutent une certaine malice à leur sauce... Alors que les voix grinçantes de The Invisible Dog provoquent des frissons, elles s'amusent à scander le I Wanna Be Your Dog du grand manitou Iggy, ou s'autorisent une petite bouchée de Pop Corn (!) dans le terrifiant final de Long Dark. Mais, à l'instar de tout remède, les effets secondaires sont inévitables, et Rock It To The Moon pèche un peu par excès de longueur. Pour le reste, on se livrera à cet envoûtement corps et âme.