Accouchement difficile pour ce deuxième album d'Elbow qui méritait bien une telle attente. Il faut dire que les Mancuniens savent s'entourer. Le producteur Ben Hillier, déjà présent sur Asleep In The Back, reste aux manettes. On peut lui faire confiance les yeux fermés, puisqu'il a récemment produit un petit bijou, nul autre que le Think Tank de Blur. Outre Hillier, les membres d'Elbow ont fait appel à leurs voisins de Doves et Alfie, et à un bon millier d'autres personnes (d'où le "thousands" du titre...). Bien plus d'un millier en réalité si l'on compte la foule de Glastonbury reprenant en choeur "We still believe in love/So fuck you" sur Grace Under Pressure. Un casting impressionnant donc, pour ce disque où l'empreinte des Doves est cette fois franchement perceptible, autant au niveau de l'éclat que de la puissance mélodique (les superbes Fugitive Motel et Switching Off). La voix de Guy Garvey, quelque part entre celles de Jimi Goodwin (Doves) et de Chris Martin (Coldplay), sert à merveille une atmosphère sombre, ponctuée de lueurs d'espoir. Recette déjà épuisée ? Même si Elbow peut donner l'impression de se complaire dans l'émotion facile, la formation se révèle en définitive particulièrement inventive. Le quintette possède avec Radiohead la même appétence pour la recherche de nouvelles sonorités, qui s'illustre notamment sur Snooks (Progress Report). Mais cessons d'étouffer Elbow par de sempiternelles comparaisons, et laissons-le parvenir à maturation, ce qui ne saurait tarder.