On est d’abord saisi par une irrépressible envie de la consoler, la troublante Sarah Assbring. De la serrer fort dans nos bras, de lui sécher ses larmes, de lui caresser les cheveux et de lui murmurer au creux de l’oreille que “oui, ça ira mieux demain, baby”. Et puis, on se laisse un temps de réflexion. Et l’on comprend que cet acte, aussi généreux soit-il, nous priverait du bonheur d’écouter à l’avenir ces chansons haïku, petites saynètes musicales à la vulnérabilité exquise d’où se dégage un parfum de nostalgie délicieusement capiteux. Du deuxième album de cette princesse Suédoise, on pourrait dire qu’il ressemble à s’y méprendre à la bande originale de l’histoire d’une Cendrillon téléportée dans l’âge d’or des sixties. Girl-group à elle toute seule, Sarah a imaginé, en seize compositions, la compilation idéale des lendemains de fête. Quand la joie factice de la veille a laissé place à l’amertume des aubes qui déchantent. La solitude comme seule raison de vivre, les rêves comme unique échappatoire possible. Harmonies délicates, arrangements d’un autre temps. On se laisse bercer par la trompette feutrée de How Did We Forget, le temps duquel une mélodie susurrée a pris rendez-vous avec l’éternité. On tapotte du pied sur le faussement désinvolte Glory To The World, en chassant quelques mauvaises pensées, avant de siffloter l’air joué par le piano et le moog désolés de You Can’t Steal A Gift. Parfois aidée de compagnons compatissants (le Pacific Björn Synneby, entre autres), Sarah jette les derniers gobelets, vide les cendriers et se regarde dans le miroir, essayant de se convaincre, à l’aide d’un orgue religieux, que Happiness Won Me Over. L’espace de deux minutes, en pensant à Somebody’s Baby, elle esquisse quelques pas de danse au milieu du grand salon désespérément désert, entraînée par ce rythme enjoué et débonnaire. Et puis, elle s’arrête pour mieux jouer de silences éloquents et penser à voix haute. Elle aimerait tant folâtrer Into The Sunshine, mélopée doo-wop qui invite au délassement. Comment refuser, alors ? Hors du temps, hors des modes, From The Valley To The Stars est un disque précieux, le compagnon idéal de ces moments troubles où le temps se suspend. Une œuvre tendrement passionnelle et foutrement passionnée, l’une des rares capables, aujourd’hui, de déclencher une ivresse lacrymale collective.