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Abricotine de Eiffel

chronique d'album
Déjà repéré depuis deux ans pour les qualités d'un premier Ep réussi et son statut de backing band de Michel Houellebecq, Eiffel passe enfin aux choses sérieuses sur la longueur d'un premier album plein d'audace. Le groupe semble avoir fait sienne cette devise courageuse, chère au coeur de Jean-Pierre Elkkabach et un temps popularisée par les Guignols : "Osons!" De fait, le quartette ose taquiner sans cesse les frontières du bon goût, ose les guitares rock'n'roll et les claviers antiques, ose toutes les couleurs des paillettes du glam, un peu Bowie et un peu Suede. Eiffel a surtout le mérite rare d'imposer un son identifiable dès la première écoute et un style cohérent, qui les apparente au monument parisien par sa turgescence et son caractère évocateur. Depuis l'exil de Polnareff, on a rarement croisé en France une telle persévérance dans le désir de mêler, au coeur de chaque chanson, la partie tête et la partie cul, les aspirations métaphysiques et les passions pour la chair dans sa dimension la plus crue. Eiffel se permet au passage de réhabiliter l'usage pertinent de mots trop longtemps réservés à Costes ou Elmer Food Beat (onanisme, clitoris, latex, etc...). Il se trouvera bien quelques esprits chagrins ou pudibonds pour s'attarder sur quelques tics un peu tocs ou pour s'agacer des élans lyriques de Romain Humeau dans ses poses de Cantat haut perché. Rien n'y fera : comme la Tour du même nom, Eiffel continuera à scintiller dans nos nuits pendant toute l'année.
Matthieu Grunfeld
MAGIC RPM  #47
article extrait de :
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