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Tais-Toi Ou Meurs (Livre) de Eels

chronique d'album
Depuis que Eels a brièvement dominé le monde au milieu des années 90 avec sa pop tordue et efficace, on a souvent soupçonné Mark Oliver Everett, alias E, de frôler le cynisme, avec sa noirceur dépressive crânement affichée, ses tragédies brillamment mises en son et ses volte-face stylistiques. On connaissait les bribes les plus sombres de sa vie, distillées en interviews et instillées au cœur de ses disques, carburant désespérant de chansons sublimes. Pour dégoupiller tout ça, le garçon a toujours su manier un sens de l’humour qui imprègne aujourd’hui son autobiographie. Sa drôlerie, son sens de la formule décapante ne sont pas là en rempart, mais encouragent étrangement l’empathie pour un homme qui a choisi de tout mettre sur le tapis avec une honnêteté et une élégance qui laissent souvent au bord des larmes. Il y a cette famille qui ne fonctionne pas normalement, ce lien si fort avec sa sœur Liz, si distendu avec son père, si flottant avec une mère qui ne saisit pas bien ce qui se passe sous son toit. Et leurs disparitions successives, qui laissent Mark Oliver Everett seul au monde.

Dans un style simple et agile, s’égrènent les premières histoires d’amour, une jeunesse tourmentée, la découverte de la musique, bouée de sauvetage à laquelle s’accrocher pour la vie. Le passage du simple récit de vie à la découverte du monde impitoyable de l’industrie du disque est absolument fascinant : les premières années à crever la dalle à Los Angeles, à enregistrer l’équivalent d’un nouvel album chaque semaine, sur des cassettes laissées à des patrons de labels interchangeables ; le faux départ d’une carrière prometteuse sabotée par négligence industrielle ; les débuts triomphants de Eels et le spectaculaire contrepied Electro-Shock Blues (1998). Au-delà du témoignage, toujours précieux, sur le fonctionnement d’une industrie, Tais-Toi Ou Meurs prend une valeur particulière avec les allers-retours constants établis entre la vie et l’œuvre de E, explications de textes détaillées à l’appui.

On découvre avec étonnement et passion les secrets de fabrications de certains titres (une partie de la rythmique de My Beloved Monster créée par Jon Brion avec “le son d’une carte de crédit passée dans sa barbe de trois jours”, réécoutez, c’est frappant). Les pages les plus émouvantes sont certainement celles consacrées à l’élaboration d’Electro-Shock Blues. À son moteur d’abord, le deuil de Liz : “Dès que j’arrêtais d’écrire ou d’enregistrer, j’étais trop malheureux. Je me suis littéralement jeté dedans. Une fois encore, je n’avais ni petite copine, ni vie sociale d’aucune sorte. Je voulais juste me retirer du monde et écrire mes petites chansons”. À ses conséquences ensuite, une rupture sans retour avec le cirque pop : “Il n’y a pas de happy end dans ce genre d’histoire : ou tu échoues et tu retournes bosser dans ton garage, ou bien tu réussis et tu passes le reste de ta vie à haïr la pute que tu es devenu”. Le miracle Eels depuis quinze ans ramassé dans un livre dense et passionnant : un parcours et une discographie sans concessions, admirables jusque dans leurs errances et imperfections.
Vincent Théval
MAGIC RPM  #154


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Alexis - 27/08/2011 00:02
Excellent livre, effectivement débordant de force vitale et de souffle créateur.

Un seul bémol, la très faible qualité de la traduction qui ne restitue pas ce que je crois être "l'essence" du style de Everett.
Cela vire parfois au foutage de gueule avec des phrases sans queues ni têtes, à la syntaxe de cascadeur, qui sentent le google traduction à plein nez.

Dommage car les maquettes de l'éditeur sont bien foutues.
marti - 25/08/2011 10:03
Oui. Très ému par ce livre... et la force vitale qui irradie chaque chapitre...