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End Times de Eels

chronique d'album
Toujours aussi imprévisible, Mark Everett alterne les phases de réclusion et les périodes de prolixité. Après avoir passé quatre ans à confectionner Hombre Lobo (2009), consacré à la célébration  décomplexée du désir et de l’animalité, il a mis moins de douze mois à bricoler dans l’ombre de son home-studio un successeur aux climats bruts et minimaux. À l’instar de Electric Shock Blues (1998) qui lui avait permis d’exorciser les décès consécutifs de sa mère et de sa sœur, ce huitième album se présente comme un exercice de thérapie musicale destinée à accompagner le travail de deuil d’un divorce encore tout frais. Fort heureusement, Everett possède bien assez de talent et de savoir-faire pour ne jamais sombrer dans un nombrilisme dépressif qui pourrait vite laisser place au malaise.

Il étonne même par sa capacité constante à projeter ses états d’âme les plus sombres sur le monde qui l’entoure et auquel il ne cesse de se confronter, comme pour mieux y entendre résonner l’écho de ses propre tourments. Entre évocations nostalgiques des premiers balbutiements amoureux (The Beginning, In My Younger Days) et constats désabusés du déclin du couple (Unhinged), E parvient à conserver une lucidité et une honnêteté étonnantes, analysant sans la moindre trace de complaisance ses propres travers et responsabilités (I Need A Mother). Tant et si bien que l’on finit par consentir à partager sans mauvaise conscience ni culpabilité voyeuriste cette séquence d’intimité judicieusement dévoilée.
Matthieu Grunfeld
MAGIC RPM  #138


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