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It's A Game

archive mag décembre 2005
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Edith Frost possède un talent, celui de se frotter à un exercice country folk rebattu en sachant se le réapproprier, pour le rafraîchir sans le travestir. Elle possède aussi une voix particulière, dont les volutes de yodle rappellent celle de Paula Frazer de Tarnation, mais aussi Aimee Mann pour cet art de distiller la mélancolie sans se morfondre dans le giron indie. Dans ses moments les plus alanguis, son timbre rappelle même la Liz Phair assagie et charmeuse de Whitespacechocolateegg (1998). Intimiste et retenu, It's A Game n'est pas monacal pour autant. Son répertoire se révèle même joliment panoramique. Il est vrai qu'Edith Frost s'est une fois de plus adjointe les services de quelques têtes pensantes, notamment Josh Abrams des érudits et discrets Town And Country. Elles conservent à It's A Game son naturel, pour le teinter d'une belle maturité. Née en 1964, Edith Frost n'est plus, il est vrai, une jeunette égrainant son malheur post-adolescent comme un exutoire. C'est une femme jetant un regard rétrospectif sur ses expériences avec le sexe opposé en particulier, et cette chienne de vie en général, pour les distiller comme un malt de whisky qui attend patiemment l'heure de sa dégustation. On se dirait presque que c'est vers la légendaire Karen Dalton et son folk reclus et antidaté qu'Edith Frost souhaite tendre. Particulièrement inspirée sur les morceaux les plus sombres, où elle tutoie les méditations blêmes d'un Will Oldham qu'elle a toujours admiré (Just A Friend et Stars Fading), elle convainc également avec What's The Use, comme du Leadbelly en culottes courtes... Pas de doute, cette folkeuse-là a oublié l'idée de routine.

JULIEN WELTER

magazine num 96 article extrait de :
MAGIC RPM #96


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