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The Beautiful Lie de Ed Harcourt

chronique d'album
Étoffée à un rythme soutenu (cinq albums en six ans), la discographie d'Ed Harcourt témoigne aujourd'hui d'un choix courageux, beau comme une éperdue fuite en avant : plutôt produire des disques bouillonnants, ambitieux mais imparfaits que de courir à perdre haleine derrière un nouveau From Every Sphere (2003), chef-d'oeuvre intouchable. Inutile de dire que l'on préfère de loin cette posture à la recherche obsessionnelle de la perfection. Il y a de la vie dans ces disques stylistiquement éclatés, des émotions à revendre, de l'épaisseur. The Beautiful Lie est un peu trop long, trébuche parfois dans la recherche de directions nouvelles, mais il touche comme peu de disques aujourd'hui, s'envole là où peu de contemporains peuvent le suivre. Harcourt y dessine des mélodies sublimes, colorées par un travail de production passionnant, sophistiqué et franc (ces clochettes et boîtes à musique bien dissimulées sous l'efficacité rythmique et les guitares de Whirlwind In D Minor). Derrière son piano, le jeune homme a pondu une tripotée de tubes, des chansons enlevées à la pesanteur (Visit From The Dead Dog, Revolution In The Heart et sa spectaculaire cassure de rythme). À la richesse baroque succède l'épure de petites merveilles comme The Pristine Claw (guitares sèches) et Late Night Partner (piano et cordes). Chaque note, chaque inflexion de la voix magnifique de Ed distille une mélancolie empoisonnée, qui engourdit l'extraordinaire You Only Call Me When You're Drunk ou la flamboyante Rain On The Pretty Ones. Dans une avalanche de choeurs élégiaques et cordes romantiques, Ed Harcourt y chante ces mots : "I'm the doctor with a needle in his arm/I'm the cartoon that makes you feel sad/I'm the actor who's scared to perform/I'm the christian who cannot forgive/I'm the singer who hates how he lives". Mensonges magnifiques ?
VINCENT THÉVAL
MAGIC RPM  #102


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