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Réflexe d’enfant gâté, on était sur le point de regretter l’absence de surprise sur le cinquième album d’Ed Harcourt. Mais regardons les choses en face : à ce niveau de la compétition, une surprise ne pourrait qu’être mauvaise. C’est donc solidement ancré dans un pré carré dont il est le monarque absolu depuis dix ans, celui d’une pop à piano à la fois rugueuse et orchestrale, que notre londonien favori met un terme à une longue attente (The Beautiful Lie est millésimé 2006, tout le monde a plus ou moins fait des enfants depuis). Enregistré dans un studio caché au cœur des forêts du nord de Seattle en compagnie des Langley Sisters (le groupe de madame), Lustre ressemble à un best of entièrement composé de nouvelles chansons. D’humeur à la fois ombrageuse et romanesque, notre élégant songwriter ajoute onze merveilles à une discographie déjà bien achalandée : d’amples ballades magnifiées par un piano, des cordes et des chœurs angéliques (Lustre), des mélodies puissamment magnétiques portées par une solide rythmique, des claviers ancestraux ou des cuivres (immenses Haywired ou When The Lost Don’t Want To Be Found), des clins d’œil diaboliques à Tom Waits (Heart Of A Wolf), des virées en apesanteur (Church Of No Religion) ou pas (le tube A Secret Society, avec cavalcade de piano et guitare). Quasiment tous les morceaux bénéficient à bloc de la présence des Langley Sisters, généreuses en chœurs et harmonies vocales fondantes. Ed Harcourt a toujours le chic pour dévier le cours de ses chansons, changer de braquet en cours de route et bouleverser par surprise, comme sur l’exceptionnelle Do As I Say Not As I Do, roulant à tombeau ouvert sous le feu d’un piano virevoltant, jusqu’à un refrain qui crucifie sur place par son élégance et sa légèreté. Le génie d’Ed Harcourt en un tournemain. Lustre For Life.
Vincent Théval
MAGIC RPM  #143


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