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Difficile à croire mais il y a dix-sept ans, tout ce que le landernau branchouillo-musical londonien comptait de sommités s’était étripé pendant au moins quinze jours pour s’attirer les faveurs de Drugstore et publier son premier LP (Drugstore, 1994). Pendant ce bref instant de gloire, le groupe emmené par Isabel Monteiro, chanteuse brésilienne installée en Angleterre, avait même bénéficié des parrainages prestigieux de Jeff Buckley ou de Thom Yorke. Pourtant, en pleine effervescence britpop, ses hymnes électriques et atmosphériques à la gloire des paumés et des junkys, sorte d’hybrides entre le romantisme éthéré de Mazzy Star et la fièvre saturée de The Jesus And Mary Chain, détonnaient franchement. De manière tristement prévisible, Drugstore était donc vite retombé dans l’indifférence à la fin des années 90, malgré la qualité jamais démentie de deux autres albums coulés dans le même moule.

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Pendant presque dix ans, Isabel Monteiro semblait avoir définitivement sombré dans les caniveaux de l’histoire du rock, trop occupée à incarner jusqu’à leur triste terme les excès pathétiques autrefois évoqués dans ses chansons. C’est dire que l’on s’attendait davantage à voir réapparaître son nom dans une rubrique nécrologique que dans la liste des nouvelles sorties automnales. Grâce au soutien sans faille de quelques fans fidèles et du saint-patron des pochetrons, elle est donc parvenue à rassembler un nouveau line-up et à enregistrer dix morceaux fort réussis. Pas vraiment de surprises pour ces grandes retrouvailles : dans des ambiances musicales souvent plus apaisées, cette lointaine cousine de Tom Waits et de Nick Cave livre, sans fausse pudeur ni complaisance, une série de confessions poignantes et de témoignage émouvants de ses années d’addiction et de perdition. Toujours à la limite de la rupture, sa voix si particulière surligne avec un sens admirable de la nuance, les failles et les brisures qu’elle tente d’exorciser. Une belle leçon de survie.
Matthieu Grunfeld
MAGIC RPM  #155


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