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Tout Sera Comme Avant de Dominique A

chronique d'album
Dominique A, c'est un peu le sauveur de la chanson d'ici, celui qui au début des années 90 donnait des concerts en apesanteur auxquels assistaient aussi bien des trentenaires introvertis que quelques punks déguenillés. La raison d'un tel rassemblement fut sans conteste ce premier album sublime et indépassable, cette Fossette, ce pli discret dans un faciès rock hémiplégique qui s'insinua en nous comme un spleen tenace, déchirant et cristallin. On ne s'en remettra jamais. Et c'est tant mieux. Puis il y eut en 1995 le Twenty-Two Baravec Françoiz Breut, hit avouable et passeport pour le statut d'artiste France Inter. Las de cette nouvelle image de gendre idéal, Dominique A brisa le miroir des apparences avec Remué, disque malade et verrouillé, où l'indépendance primait sur la reconnaissance, avant de retrouver la sérénité avec Auguri. Conçu comme un projet multiple et ambitieux, Tout Sera Comme Avantest autant un album qu'un recueil de textes écrits par une jeune garde française talentueuse (Brigitte Giraud, Arnaud Cathrine, Arno Bertina...), où les chansons deviennent un point d'ancrage autour duquel gravite une pléthore de musiciens et d'écrivains. Si le livre est une belle réussite d'écriture collective et moderne, le disque semble lui souffrir d'un trop plein. En confiant ses compositions au producteur magicien Jean Lamoot qui a amené Bashung sur les terres fascinantes de son Imprudence, Dominique A se retrouve coincé, à  défaut d'être magnifié, par un orchestre de cordes et de cuivres si parfaitement dirigé, si intelligemment dosé, qu'on en oublierait presque son auteur. Mis à  part l'audacieux et mouvementé Le Fils D'Un Enfant, l'ensemble se noie en circonvolutions éreintantes qui laissent finalement peu de place au chant inversement monochrome de Dominique A. Tout Sera Comme Avantapparaît alors comme une crise de croissance un peu forcée, comme un inévitable retour vers un passé sanctifié, intouchable, acquis à  la cause nationale (Ferré, Ferrat...). C'est aussi une ultime (et bien commune) révérence aux pères fantomatiques de la chanson française, comme s'il fallait s'amender d'avoir osé un jour les braver pour mieux s'en séparer.
Thomas Bartel
MAGIC RPM  #78
article extrait de :
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