Quatre ans sans donner de nouvelles, c'est long, très long
dans la "carrière" d'un jeune chanteur français prometteur. En 1995,
Dominique A s'était fait singulièrement remarquer avec une Mémoire Neuve à l'équilibre parfait et un single apprécié
aussi bien de la ménagère de moins de 50 ans que du fan de productions indé. Un
fer à battre tant qu'il était chaud et la destinée du A semblait couler de
source : un autre album dans la continuité du précédent. On lui faisait
confiance, on a eu tort. Remué ne sera pas nominable aux Victoires de la
Musique. Car cet album, difficile d'accès, rompt avec tout ce que Dominique A
aura produit jusqu'à présent. Pendant ce long temps de gestation, on l'a vu
composer pour sa compagne Francoiz Breut et participer à l'album de Yann
Tiersen. Remué ne prend aucun de
ces sentiers, mais en explore un autre, beaucoup plus marginal, unique et
inconfortable, aussi bien dans les textes, d'une magnifique noirceur, que dans
les musiques, souvent déconcertantes. Guitares grinçantes, samples ténébreux,
orchestrations classiques menaçantes, ballades électro-fantômatiques, mélodies
atonales… Par facilité, on en appellera à un autre OVNI de la chanson d'ici, le
dénommé Bashung. Celui-ci aura tout rasé après son Vertige De L'Amour
pour construire Play Blessures. Dominique A a ainsi détruit le Twenty-Two
Bar pour mieux appréhender Remué. Entre les deux, mieux qu'une
connivence du décalage, un même talent d'aventurier, une même envie d'être
libre et surprenant. Avec Remué, Dominique A est sur cette voie royale.