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Les Sons Cardinaux de Dominique A

chronique d'album
Au moment où on croyait s’être définitivement éloigné des chansons crispées et délavées de Dominique A, voilà que sort sous la forme d’un précieux coffret au design crayonné digne du fameux Disque Sourd (1991) ses premiers travaux ainsi que des titres “sauvés des eaux” couvrant la période 1981-2005. Regroupés sur quatre Cd’s titrés d’après les points cardinaux, Les Sons Cardinaux explorent les différentes orientations de celui qui inventa la lo-fi à la française au début des années 90, en frappant très fort avec un chef-d’œuvre inaugural, cette Fossette (1992) qui marquera pour toujours le visage de la pop hexagonale. C’est donc avec beaucoup d’émotion que l’on retrouve cette voix fragile et asexuée au lyrisme fou, ces microcompositions qui éclosent comme de profondes et douloureuses conversations intimes. D’entrée de jeu, la partie Est émerveille par un morceau a capella, cette déchirante Agonie D’Un Soleil où la voix s’élève vers des hauteurs irraisonnées, toujours au bord de la rupture. On pense à la plus belle scène du home-movie Peau De Cochon (2005) de Philippe Katerine, où Dominique A fait écouter en plan séquence un enregistrement de son enfance d’une bouleversante maturité artistique.

Avec Tous Les Dimanches, on découvre enfin son premier groupe John Merrick à travers un rock squelettique aux accents new-wave proche du Marquis de Sade tant admirer, beau à pleurer. Sans oublier ces enregistrements préhistoriques où un synthé cheap, une guitare rachitique et des paroles romantiques créent d’inoubliables fulgurances (Il Faut Être Un Fantôme, Un Albedo). Mais ce panorama en marge des disques officiels dessine surtout les incroyables ressources stylistiques qui irrigueront toute l’œuvre du Provinois. Quelque part entre Christophe, Manset et Young Marble Giants, chaque titre sidère par sa beauté crue, presque impudique. Au brouillard du trip hop introspectif de Je Ne Me Rappelle Pas De Moi répond l’orgue vibrant de Entre Mes Bras, point final en forme d’apothéose et recentrage inattendu vers une partition épurée. Au final, ce coffret inattendu éblouit à chaque instant et se révèle le trésor caché qu’on espérait plus d’un auteur en pente douce, poète incontesté des amours perdues et à venir.
Thomas Bartel
MAGIC RPM  #115


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