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“Dieu que cette histoire finit mal”. Rarement chanteur français aura fait une entrée aussi fracassante que mensongère. Car à l’instar d’autres collègues (au hasard Bashung, Daho, Murat, la Sainte Trinité), Dominique A. n’a cessé de se bonifier avec le temps. En dix ans, le natif de Provins, définitivement apparenté à sa ville d’adoption nantaise pour y avoir résidé au moment de son éclosion, est même devenu l’auteur-compositeur le plus important de sa génération. Et son importance, doublée d’une prolixité qui a souvent débordé le cadre de sa seule discographie – figurent ici Hit Hit Hit et Morse avec OslÆ Telescopic, La Lumière Et L’Enregistrement avec Berg Sans Nipple, deux extraits de la BO de Banqueroute d’Antoine Desrosières, sans compter tout ce qui manque –, lui laisse quelques belles longueurs d’avance sur des poursuivants, qui auront pâti au choix d’un manque d’endurance, d’intelligence ou de cohérence. Car à bien y regarder, la juxtaposition des cinq albums du grand A(î)né – du séminal La Fossette au classique Auguri – révèle un artiste en plein affranchissement, qui ne craint ni le travail, ni les itinéraires bis. Du clone masculin de Barbara version Young Marble Giants (Le Courage Des Oiseaux) à l’accomplissement d’un vocaliste hors pair (Antonia) en passant par la signature d’un tube malgré soi (Le Twenty Two Bar, en duo avec sa compagne de l’époque, Françoiz Breut), Le Détour fait donc le tour du propriétaire, en cinquante-sept titres, avec une sobriété et une droiture qui ont aussi fait sa réputation (son passage aux Victoires De La Musique 1996 encore dans toutes les mémoires), et qui lui valent ad vitam aeternam l’admiration de ses pairs (célèbres ou non).

Car si l’on peut considérer
Si Je Connais Harry comme la version produite et moins fulgurante de La Fossette (Le Gros Boris excepté, et son ouverture imparable “À trop le dire/Le temps passe”), son troisième album l’a propulsé sous les feux des projecteurs, bien avant la reconnaissance d’un Yann Tiersen, par exemple. Or, il s’y est vite senti perdu, comme un sans-papiers gêné par tant d’égards condescendants. Ou pire comme un artiste à qui l’on renvoyait le miroir aveuglant d’un “faussaire” – le comble. Et le succès de La Mémoire Neuve, son seul disque d’or à ce jour, n’a fait qu’accélérer le virage à 180 degrés entrepris par Remué, disque sombre à côté duquel le précédent ferait presque figure de compilation des Musclés. Pourtant, dans le genre plombé, beau et irréversible, la chanson La Mémoire Neuve reste ce chef-d’œuvre absolu gravé il y a déjà un septennat au fronton éternel de la chanson française. Avec ces paroles dont on peut avoir une lecture malheureusement prémonitoire pour l’intéressé : “Enfin je vais profiter de tout sans rien”. Ou presque. Même s’il en est souvent défendu, les deux pas en arrière de Remué en ont tourneboulé plus d’un, à commencer par son banquier et ces connaisseurs de la dernière heure. “Je ne perçois pas la radicalité aussi fortement que les gens la perçoivent”, s’étonnait-il à l’époque, avant de refaire un pas avant en 2001. L’année dernière, Auguri le situait en effet à mi-chemin entre la variété noble de La Mémoire Neuve et la ligne dure de Remué. Ou comment Antonia et Les Terres Brunes sont-ils devenus les deux faces d’une même médaille, dont l’envers brille parfois plus que l’endroit. On s’explique encore mal comment de tels joyaux que L’Un Dans L’Autre (période Un Disque Sourd et La Fossette) ou Hôtel Bratthold (période Auguri) n’ont pas pu franchir Le Détour. Qu’importe ces détails, le tableau serait incomplet sans relever l’excellence de Dominique A. dans l’exercice et le choix des reprises (du Chiqué Chiqué de Christophe au Je T’Ai Toujours Aimé de Polyphonic Size en passant par le Chrome Sweet Chrome de Craig Davies, qui fait cruellement défaut ici), dont le Teenage Kicks des Undertones constitue l’un des faîtes du troisième et dernier disque, dit des “inédits” et autres raretés, surnommé “That’s all folks”. CQFD.
Franck Vergeade
MAGIC RPM  #66
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