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Après Le Détour, l'échappée belle. L'intensité du DVD Solo Aux Bouffes Du Nord, l'ambition de Tout Sera Comme Avant et la plénitude d'Auguri ne se résumaient donc pas à la seule envie de zigzaguer, ou de s'émanciper de manière forcenée. Pour Dominique A, qui aime à reprendre Man-set, celui qui marche de l'avant n'est ni un amnésique, ni un réactionnaire. Dès le moment où il ouvre ce nouveau disque tourné vers le large ("Nul ne vous attend autant que l'horizon"), on mesure combien ses albums précédents furent autant d'étapes qui préparaient à l'une des plus remarquables embardées qu'il ait été donné d'apprécier depuis des années, du côté de l'Hexagone. Son enthousiasme à nourrir ses récits de fuite, de retour et de nouveau départ se traduit comme toujours sans pudibonderie, mais sans sécheresse martelée. Comment fait-il, dans une zone francophone qui ne parvient plus guère à s'aimer, pour façonner cette dizaine de morceaux qui apprennent avec délicatesse à faire le deuil de la nostalgie ("Tu ne sais pas leur dire adieu", prévient-il dans Music-Hall) ou caresser des sépias qui ne sentent pas le moisi (Rue Des Marais) ? Grâce à une prédilection pour les tempos lents (à la différence d'Auguri), dont il brise rarement le recueillement (à la différence de Remué). Aucune forme d'intégrisme pourtant. Cette inquiétude une nouvelle fois salutaire permet à L'Horizon de ne pas se commuer en mirage. Comme Adieu, Alma, qui conclut le disque par une envolée suspendue, un lyrisme assumé caractérise ces ruminations : "Dans l'arène gauloise où le pathos agace", souligne-t-il à bon escient dans La Pleureuse... Jamais ce ressac ne sentira la vase.
JULIEN WELTER
MAGIC RPM  #98
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