De Magic Bullets à Girls, le guitariste Ryan
Lynch aura pris son temps pour donner forme à la pop vivifiante de Dominant
Legs. Un an après la belle promesse du maxi Young
At Love And Life (2010), le duo californien formé avec l’exquise Hannah
Hunt accouche d’un premier album en forme d’Invitation.
Entre souvenirs légers et stigmates du passé, retour sur cette révélation pop
née à San Francisco. [Article Sébastien Jenvrin].
16th Street Mission, 16 heures, un jour de septembre. Le soleil scintille de mille feux dans les rues de San Francisco alors que résonnent dans nos oreilles les notes graciles de l’acoustique Calm Down, en attendant patiemment l’arrivée de Ryan Lynch. C’est non loin d’ici, à trois blocs de rue, qu’a été tourné le fameux clip de Girls, God Damned, dans lequel Christopher Owens cabotine en plein Mission Dolores Park – ce coin de verdure incontournable de la jeunesse locale où les frisbees n’en finissent pas de planer. Cheveux gominés et mèche virevoltante, jeans serré couleur crème, chemise cintrée avec col orné d’une cravate bolo. C’est en fringuant cow-boy qu’on découvre notre homme, qui nous emmène en voiture plus au sud de la ville, là où les touristes ne vont pas. Dans l’autoradio retentit la voix de Bruce Springsteen, l’une des idoles revendiquées de Ryan, qui ira jusqu’à s’inspirer d’une de ses citations pour baptiser l’album de Dominant Legs. “C’est son tout premier album qu’on écoute en ce moment”, balance-t-il de cette même voix chevrotante qui ne cesse de nous charmer depuis ses premières démos.
Justement, les voix, le jeune homme les affectionne : “C’est toujours ce qui me séduit en premier dans une chanson. Je ne parle pas nécessairement en termes technique, mais j’aime qu’une voix soit dotée d’une expressivité telle qu’on en arrive à deviner la personnalité du chanteur”. Nerveuse, un brin maladive mais aussi de toute beauté, celle de Ryan Lynch dissimule à peine des blessures enfouies depuis l’adolescence. Il grandit à Redwood City, une ville de banlieue située au sud de la Baie, où il développe une véritable passion pour le sport. À l’aube de l’adolescence, quand il ne supporte pas les Giants ou les San Jose Sharks, il tue l’ennui en jouant au football américain, au basket-ball, au hockey… jusqu’à ce qu’il tombe sérieusement malade, à douze ans.
“Je me faisais des bleus pour un rien et mon sang ne coagulait pas normalement. Le moindre choc était un réel danger. J’ai dû subir une ablation de la rate, et j’ai été interdit de sport pendant deux ans. Ça m’a énormément affecté, me rendant lymphatique et profondément triste car je voulais devenir sportif professionnel. C’est à cet âge-là que je suis devenu plus morose. Ce fut un réel tournant dans ma vie, et aussi le moment où je me suis concentré sur une autre passion : la musique”. Au lycée, comme beaucoup de gosses de banlieue californienne, il découvre Green Day et se met à la guitare en intégrant un groupe de punk, sans toutefois renier ses premières amours : Guns N’Roses et Michael Jackson en tête. Il lui faut cependant attendre le début des années 2000 pour se faire réellement la main avec The Cosmos, le projet de Corey Cunningham qui donnera ensuite Magic Bullets. C’est avec ce dernier que Ryan perfectionne alors son jeu, en s’abreuvant des disques de Nile Rodgers que Corey et lui chérissent de tout cœur.
S’il découvre aussi à l’époque des groupes comme The Style Council, Orange Juice ou Felt, il revendique surtout un certain goût pour le mainstream : “Je puise davantage mes boucles rythmiques dans le hip hop et le funk que dans l’indie. J’avoue ne pas être un défricheur, mais j’ai eu la chance de côtoyer des passionnés dont j’ai pu bénéficier du travail de filtrage et de découverte”. Parallèlement à Magic Bullets, il esquisse ses premiers pas de songwriter et sort quelques enregistrements très do it yourself. Au fil des années, l’envie de s’émanciper l’incite à quitter le groupe. Ainsi naît Dominant Legs, à la faveur d’une poignée de maquettes diablement prometteuses et exécutées en solo. Au printemps 2009, Ryan fait une rencontre décisive pour la suite : celle de la pétillante Hannah Hunt. “En allant sur son MySpace, je me suis demandé qui était ce type et comment il connaissait tous mes amis”, confesse-t-elle aujourd’hui. “J’ai donc connu Dominant Legs avant Ryan, en somme. Quand je l’ai rencontré, nous sommes devenus aussitôt amis. Un jour, je lui ai dit pour plaisanter que ses chansons seraient encore meilleures avec une voix féminine ! La blague est devenue réalité et il ne peut plus se passer de moi désormais”.
16th Street Mission, 16 heures, un jour de septembre. Le soleil scintille de mille feux dans les rues de San Francisco alors que résonnent dans nos oreilles les notes graciles de l’acoustique Calm Down, en attendant patiemment l’arrivée de Ryan Lynch. C’est non loin d’ici, à trois blocs de rue, qu’a été tourné le fameux clip de Girls, God Damned, dans lequel Christopher Owens cabotine en plein Mission Dolores Park – ce coin de verdure incontournable de la jeunesse locale où les frisbees n’en finissent pas de planer. Cheveux gominés et mèche virevoltante, jeans serré couleur crème, chemise cintrée avec col orné d’une cravate bolo. C’est en fringuant cow-boy qu’on découvre notre homme, qui nous emmène en voiture plus au sud de la ville, là où les touristes ne vont pas. Dans l’autoradio retentit la voix de Bruce Springsteen, l’une des idoles revendiquées de Ryan, qui ira jusqu’à s’inspirer d’une de ses citations pour baptiser l’album de Dominant Legs. “C’est son tout premier album qu’on écoute en ce moment”, balance-t-il de cette même voix chevrotante qui ne cesse de nous charmer depuis ses premières démos.
Justement, les voix, le jeune homme les affectionne : “C’est toujours ce qui me séduit en premier dans une chanson. Je ne parle pas nécessairement en termes technique, mais j’aime qu’une voix soit dotée d’une expressivité telle qu’on en arrive à deviner la personnalité du chanteur”. Nerveuse, un brin maladive mais aussi de toute beauté, celle de Ryan Lynch dissimule à peine des blessures enfouies depuis l’adolescence. Il grandit à Redwood City, une ville de banlieue située au sud de la Baie, où il développe une véritable passion pour le sport. À l’aube de l’adolescence, quand il ne supporte pas les Giants ou les San Jose Sharks, il tue l’ennui en jouant au football américain, au basket-ball, au hockey… jusqu’à ce qu’il tombe sérieusement malade, à douze ans.
“Je me faisais des bleus pour un rien et mon sang ne coagulait pas normalement. Le moindre choc était un réel danger. J’ai dû subir une ablation de la rate, et j’ai été interdit de sport pendant deux ans. Ça m’a énormément affecté, me rendant lymphatique et profondément triste car je voulais devenir sportif professionnel. C’est à cet âge-là que je suis devenu plus morose. Ce fut un réel tournant dans ma vie, et aussi le moment où je me suis concentré sur une autre passion : la musique”. Au lycée, comme beaucoup de gosses de banlieue californienne, il découvre Green Day et se met à la guitare en intégrant un groupe de punk, sans toutefois renier ses premières amours : Guns N’Roses et Michael Jackson en tête. Il lui faut cependant attendre le début des années 2000 pour se faire réellement la main avec The Cosmos, le projet de Corey Cunningham qui donnera ensuite Magic Bullets. C’est avec ce dernier que Ryan perfectionne alors son jeu, en s’abreuvant des disques de Nile Rodgers que Corey et lui chérissent de tout cœur.
S’il découvre aussi à l’époque des groupes comme The Style Council, Orange Juice ou Felt, il revendique surtout un certain goût pour le mainstream : “Je puise davantage mes boucles rythmiques dans le hip hop et le funk que dans l’indie. J’avoue ne pas être un défricheur, mais j’ai eu la chance de côtoyer des passionnés dont j’ai pu bénéficier du travail de filtrage et de découverte”. Parallèlement à Magic Bullets, il esquisse ses premiers pas de songwriter et sort quelques enregistrements très do it yourself. Au fil des années, l’envie de s’émanciper l’incite à quitter le groupe. Ainsi naît Dominant Legs, à la faveur d’une poignée de maquettes diablement prometteuses et exécutées en solo. Au printemps 2009, Ryan fait une rencontre décisive pour la suite : celle de la pétillante Hannah Hunt. “En allant sur son MySpace, je me suis demandé qui était ce type et comment il connaissait tous mes amis”, confesse-t-elle aujourd’hui. “J’ai donc connu Dominant Legs avant Ryan, en somme. Quand je l’ai rencontré, nous sommes devenus aussitôt amis. Un jour, je lui ai dit pour plaisanter que ses chansons seraient encore meilleures avec une voix féminine ! La blague est devenue réalité et il ne peut plus se passer de moi désormais”.
The Neighborhood: SOMA // Dominant Legs from Yours Truly
Après des études dans une faculté new-yorkaise, elle fait le chemin inverse de la plupart de ses concitoyens et revient vivre à San Francisco, s’installant dans l’immeuble où elle a grandit. Des chœurs frêles et quelques notes délicates de clavier : l’apport de Hannah est discret, mais témoigne d’un tournant, comme le prouve le premier vrai morceau de Dominant Legs : le sublime Just Silly Ones. Jamais publié physiquement, c’est via le compte YouTube de Ryan que ce premier essai est divulgué. Sur le clip, on le peut voir en préadolescent, coupe mulet de rigueur, en train d’imiter son idole Michael Jordan en enchaînant les dunks sur un panier de basket mobile. Histoire de rappeler que c’est paradoxalement grâce au sport qu’il en est venu à la musique. Séduit par la guitare feltienne de cette chanson inaugurale, Matt Fishbeck tombe sous le charme et apporte un soutien inestimable au groupe : “Matt est un bon ami. Depuis le début, il est très impliqué dans ce que je fais. Si San Francisco ressemble à une petite communauté à mes yeux, c’est surtout grâce à ces relations d’amitié et de soutien qui existent entre plusieurs formations”. Le duo se produit plus souvent sur scène et il arrive même que le chanteur de Holy Shit les rejoigne. Mais un certain nombre de données empêchent encore Dominant Legs de prendre un véritable envol. D’une part, il y a les études d’archéologie que poursuit Hannah à Berkeley et qui lui prennent une bonne partie de son temps. D’autre part, il y a ce nouveau job que Ryan – alors sans emploi – ne peut refuser.