“Throw your inhibitions down”. Tel sera le mot d'ordre. On
savait déjà le duo san-franciscain capable d'un sens de la formule à la
lasciveté ambigüe : avait-on déjà vu, avant Dominant Legs, un patronyme alliant
si bien les rêves mouillés des plus grands fétichistes, quelque part entre
Freud et Robert Crumb avec ses vénus callipyges aux jambes comme des troncs
d'arbres ? Mais ici, lorsque dès les premières minutes, le timbre altier de
Ryan Lynch bêle à tue-tête “Come on, shake your body now!”, l'Invitation
est carrément directe. Il n'y a qu'à voir les yeux clos d'Hannah Hunt sur la
pochette, toute prête à consommer des fruits voluptueux (à défaut d'être
défendus), c'est désormais limpide : l'enthousiasme juvénile du délicieux
EP Young At Love And Life
(2010) fait place à un grand disque charnel. Une merveille de
sensualité, un bijou de délicatesse naïve et hédoniste. Si le ton y est souvent
sulfureux (Already Know That It's Nice, Lady Is So Sleek And So Petite), il y sera surtout
question de tous ces affects physiques des émotions sur les corps. Ou comment,
pour détourner une vieille formule de Truffaut (encore un amateur de jambes),
du goût amer sur le bout de la langue généré par la pensée d'une amourette mal
éteinte sur 2 New Thoughts About You au désir fragile et vorace de Hoop
Of Love, Dominant Legs a livré ici non pas de parfaites chansons d'amour physique, mais de
parfaites chansons physiques sur l'amour. Autrement dit, il s'agit simplement d'allier
le fond à la forme : si l'on prône les effets organiques du sentiment et
la libération des corps, autant que les hanches suivent.
Dès les premières secondes de l'inaugurale Take A Bow, une guitare sautillante en diable, une basse rondelette comme rouleau compresseur, et l'on se retrouve entraîné sans avoir pu rien y faire. On en vient presque à regretter que Ryan Lynch ait été guitariste au sein de Girls : son jeu, même mis au service du plus grand groupe du moment avec sérieux et un talent, était bridé. Car si les aspirations naturelles de Christopher Owens lorgnent du côté d'une soul sensible, celles de Ryan Lynch versent vers le groove sauvage, coûte que coûte. On a souvent souligné à son encontre des influences évidentes : Nile Rodgers (Chic), une pop eighties à la ligne claire et tropicale (Aztec Camera à Orange Juice). Mais plus que tout autre disque de la bande d'Edwyn Collins, on retrouve dans Invitation quelque chose de Rip It Up (1982), dans cette fascination irrépressible pour ces musiques noires qui font chalouper les bassins, au détriment d'une certaine pose indie. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si les seuls passages à Top Of The Pops des flamboyants Écossais ou de Scritti Politti ne se sont faits qu'après une rémission quasi totale au funk : la fascination discoïsante vient du mainstream, et elle est vouée au succès de masse (du moins à l'époque), avec toute la part piquante de kitsch que cela suppose. Dominant Legs joue avec cette idée en toute malice : en se servant de sons désuets, en frôlant parfois le mauvais goût, et en faisant tout cela avec une candeur à toute épreuve, ils touchent du doigt une efficacité incomparable.
Qui d'autre aurait pu réussir cet exploit que d'accompagner tout un morceau (le single Hoop Of Love) par un clavier synthétisant chichement la flûte de pan, tout en conservant une fraîcheur immaculée ? Le dernier exemple recensé remontant à 1985, il s'agissait du morceau I Know des 17 Pygmies (rappelez-vous, ce side-project poppy de Savage Republic), et au vu de la confidentialité de la pépite, c'est dire si Dominant Legs relevait un pari risqué. Et lorsqu'on se surprend à se tortiller sur la parenthèse torride et électronique de Lady Is So Sleek And So Petite, à s'émouvoir sur le saxophone de Make Time For The Boy ou sur les synthétiseurs carillonnants de Already Knows That It's Nice, on ne peut que saluer le talent du duo à nous faire accepter avec des battements de cœur à peu près n'importe quoi. Car le maxi Young At Love And Life (2010) le présageait déjà : Ryan Lynch est l'un des songwriters pop les plus doués du moment. Non content de dompter toute cette gamme de sons qui lui ont déjà forgé une identité tenace (son jeu de guitare fringuant, sa voix à la prestance inimitable, les claviers folâtres d'Hannah et ses chœurs primesautiers), il maîtrise à la perfection l'art de composer des tubes.
17 Pygmies - I Know
Tous les morceaux affichent des mélodies toujours intelligentes, sans cesse surprenantes. Les refrains explosent toujours aux bons moments, les ponts ne sont jamais longuets. Et, malgré un souci de cohérence solide, la variété n'est jamais prise en défaut : le zouk de Where We Trip The Light fait place à la bluette d'Already Know That It's Nice, la frénésie de The One That You're With s'estompe dans la préciosité de Calm Down, oasis de douceur et de quiétude au milieu d'un album endiablé. Et, quand les claviers hystériques de She Can Boss Me Around fondent dans la pétillance du final tout désigné Loving Now, harangue antidépressive, on sent que le duo s'est tiré de l'exercice périlleux du premier album attendu avec un brio certain et une stature démultipliée. Comme l'enjoignait Ryan dès le début : “Throw your inhibitions down/Come on, take a bow”. On sait maintenant devant qui s'incliner.
Dès les premières secondes de l'inaugurale Take A Bow, une guitare sautillante en diable, une basse rondelette comme rouleau compresseur, et l'on se retrouve entraîné sans avoir pu rien y faire. On en vient presque à regretter que Ryan Lynch ait été guitariste au sein de Girls : son jeu, même mis au service du plus grand groupe du moment avec sérieux et un talent, était bridé. Car si les aspirations naturelles de Christopher Owens lorgnent du côté d'une soul sensible, celles de Ryan Lynch versent vers le groove sauvage, coûte que coûte. On a souvent souligné à son encontre des influences évidentes : Nile Rodgers (Chic), une pop eighties à la ligne claire et tropicale (Aztec Camera à Orange Juice). Mais plus que tout autre disque de la bande d'Edwyn Collins, on retrouve dans Invitation quelque chose de Rip It Up (1982), dans cette fascination irrépressible pour ces musiques noires qui font chalouper les bassins, au détriment d'une certaine pose indie. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si les seuls passages à Top Of The Pops des flamboyants Écossais ou de Scritti Politti ne se sont faits qu'après une rémission quasi totale au funk : la fascination discoïsante vient du mainstream, et elle est vouée au succès de masse (du moins à l'époque), avec toute la part piquante de kitsch que cela suppose. Dominant Legs joue avec cette idée en toute malice : en se servant de sons désuets, en frôlant parfois le mauvais goût, et en faisant tout cela avec une candeur à toute épreuve, ils touchent du doigt une efficacité incomparable.
Qui d'autre aurait pu réussir cet exploit que d'accompagner tout un morceau (le single Hoop Of Love) par un clavier synthétisant chichement la flûte de pan, tout en conservant une fraîcheur immaculée ? Le dernier exemple recensé remontant à 1985, il s'agissait du morceau I Know des 17 Pygmies (rappelez-vous, ce side-project poppy de Savage Republic), et au vu de la confidentialité de la pépite, c'est dire si Dominant Legs relevait un pari risqué. Et lorsqu'on se surprend à se tortiller sur la parenthèse torride et électronique de Lady Is So Sleek And So Petite, à s'émouvoir sur le saxophone de Make Time For The Boy ou sur les synthétiseurs carillonnants de Already Knows That It's Nice, on ne peut que saluer le talent du duo à nous faire accepter avec des battements de cœur à peu près n'importe quoi. Car le maxi Young At Love And Life (2010) le présageait déjà : Ryan Lynch est l'un des songwriters pop les plus doués du moment. Non content de dompter toute cette gamme de sons qui lui ont déjà forgé une identité tenace (son jeu de guitare fringuant, sa voix à la prestance inimitable, les claviers folâtres d'Hannah et ses chœurs primesautiers), il maîtrise à la perfection l'art de composer des tubes.
17 Pygmies - I Know
Tous les morceaux affichent des mélodies toujours intelligentes, sans cesse surprenantes. Les refrains explosent toujours aux bons moments, les ponts ne sont jamais longuets. Et, malgré un souci de cohérence solide, la variété n'est jamais prise en défaut : le zouk de Where We Trip The Light fait place à la bluette d'Already Know That It's Nice, la frénésie de The One That You're With s'estompe dans la préciosité de Calm Down, oasis de douceur et de quiétude au milieu d'un album endiablé. Et, quand les claviers hystériques de She Can Boss Me Around fondent dans la pétillance du final tout désigné Loving Now, harangue antidépressive, on sent que le duo s'est tiré de l'exercice périlleux du premier album attendu avec un brio certain et une stature démultipliée. Comme l'enjoignait Ryan dès le début : “Throw your inhibitions down/Come on, take a bow”. On sait maintenant devant qui s'incliner.
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Je n'ai pas encore écouté l'album de Dominant Legs. je viens juste de me le procurer en vinyle et ce sera pour demain. Mais je ne peux pas laisser dire "mouahahah" au fait que Girls soit le plus grand groupe du moment. Evidemment, le plus grand, ce serait pêché, mais un fantastique groupe, assurément. Leur dernier disque est presque parfait, dense, sans faute, truffé de mélodies imparables et d'arrangements ingénieux. Et comme le bon vin, il gagne en qualité avec les mois qui passent.
Album décevant, production trop attendue et impersonnelle. Y'a décidément qu'ici que l'on ne pouvait trouver cet album que forcément sensationnel!
*Girls plus grand groupe du moment? Mouahahah
*Girls plus grand groupe du moment? Mouahahah
Mouais, "Darling Girls", "Lady Is Sleek And So Petite"...vachement kitshouille quand même...
'vais retourner écouter l'ep.
'vais retourner écouter l'ep.
