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The Less You Know The Better de DJ Shadow

chronique d'album
On sait bien que même les génies maintiennent rarement leur niveau plus d’une décennie. Mais quand on aime, on ne peut s’empêcher de compter. En élevant le sampling hip hop au rang des Beaux-Arts (Endtroducing…, 1996), puis en cosignant consécutivement au moins deux autres chefs-d’œuvre (Psyence Fiction (1998) avec UNKLE, Spectrum (1999) du collectif Quannum), DJ Shadow était parti si haut qu’il ne pouvait espérer atterrir en douceur. Longtemps fantasmé, son second album solo (The Private Press, 2002) s’attira les foudres de nombre de ses admirateurs, paradoxalement parce qu’il correspondait exactement à ce qu’on pouvait en attendre.

Sad And Lonely


Un accident du destin qui s’est révélé salutaire sur le plan personnel, aboutissant à sa réincarnation dans le rôle bien moins stressant de The Outsider (2006), où il s’adonnait avec vigueur aux bastonnades hyphy alors en vogue dans la Bay Area. Cinq ans après ce savoureux caprice, à l’approche de la quarantaine, Shadow est autorisé à se présenter tel qu’il s’est lui-même toujours considéré : un passeur et un recréateur plutôt qu’un inventeur, appréhendant le sampling comme moyen de transmettre et d’incarner sa passion pour une multitude de genres musicaux.

Back To Front (Circular Logic)


Ce titre même, The Less You Know The Better, sonne comme une manière de relativiser l’importance de l’auteur face au plaisir musical immédiat – lucidité et absence de cynisme bienvenues pour qui possède plusieurs dizaines de milliers de disques. On y trouve donc un peu de tout ce qui l’a fait et le fait encore se lever le matin : du rap oldschool (Stay The Course), de la chanson soul (I’ve Been Trying, Sad And Lonely), des riffs rock bien gras (I Gotta Rokk, Border Crossing), du ragga synthétique (I’m Excited), des morceaux qu’on aurait autrefois qualifiés d’abstract hip hop (Tedium, Circular Logic), et même une bizarrerie cold-wave (Give Me The Nights). Avec, partout, la présence rassurante de sa signature rythmique et une prise de risque (mélodique, thématique, sonore) proche de zéro. En voilà au moins un qui, au lieu de pleurnicher sur sa gloire et son génie passés, parvient encore à (se) donner du bon temps.

Scale It Back (feat. Yukimi Nagano of Little Dragon)

Michaël Patin
MAGIC RPM  #156


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