Formidablement attendu, ce premier album de Dj Shadow devait être le Grand Nettoyeur, celui qui mettrait tout le monde d’accord au sujet du trip-hop, révélant des espaces soniques insoupçonnés et rendant caduque toute la production passée. Précisons avant tout que, conformément à toute les mises au point de James Lavelle comme de Shadow lui-même, c’est bien de hip-hop qu’il s’agit ici. Trituré, malmené, instrumental, mais du hip-hop quand même, avec ses scratches, ses multiples délires techniques et surtout ses samples. Car Endtroducing… est avant tout un étonnant travail de metteur en scène, de monteur-colleur de sons, rythmes, voix, mélodies instrumentales assemblés sans que les raccords soient trop évidents : rien n’est d’origine, mais chaque élément a sa place dans le gigantesque kit qu’est cet album. Le plus gros travail est effectué sur les beats, lourds et serpentant en de multiples ricochets autour d’une trame linéaire. Tantôt violente (The Number Song, Stem), tantôt apaisante, la rythmique, associée à une basse dure, résonnante et râpeuse, contribue à créer une atmosphère inquiétante, cinématographique, comme en suspens, soulignée par des effets de cordes et de cuivres étouffés. A l’instar de What does Your Soul Look Like (dont on retrouve ici les Parts 1 & 4), les mélodies, souvent samplées sur des classiques du psychédélisme sombre et angoissé de l’Amérique des seventies, dévoilent une inquiétante et surprenante dimension religieuse et mystique, d’obédience moyenâgeuse (pour ne pas dire gothique). Au final, un album ardu et novateur, qui, s’il n’évite pas toujours les pièges de la technicité, sait maintenir la plupart du temps un cap sombre et mystérieux non dénué de charme. De La Soul est enfin libéré du sort de “rappers psychédéliques” jeté à la suite de l’incompris 3 Feet High & Rising. Autrement plus torturé et menaçant, Endtroducing… est bien l’ultime album de hip-hop psychédélique, sans le Peace & Love, mais avec les fleurs. Noires.