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S'il est exact que Ninja Tune a été l'un des premiers indépendants à  ouvrir une succursale (tr)hip hop, il faut bien dire que Big Dada, malgré des signatures inspirées, n'a jamais eu le même toucher discographique que celui démontré par Lex Records, rejeton de Warp, surtout si l'on fait abstraction du premier album de Dose One et de sa clique, le toujours succulent cLOUDEADD(2001). Souvent intéressantes, ses sorties étaient cependant trop hétérogènes, manquaient d'équilibre, même si elles abritaient régulièrement d'inaltérables perles. Diplo redresse la barre avec Florida, premier disque atypique, excentré, et presque totalement instrumental au cours duquel seuls quelques apports vocaux éclairés viennent aérer l'ensemble. Martina Topley-Bird tutoie l'excellence de ses trilles embuées (Into The Sun) et le prometteur Jamaïcain Vybz Cartel anime la jouissive étape d'un tubesque ragga kraftwerkien, le kaléidoscopique Diplo Rhythm. Certes, l'intérêt porté par le jeune américain aux oeuvres de la "bande des quatre" (Reich, Glass, Riley, Young) transparaît clairement, mais très heureusement son imagination galopante finit toujours par reprendre le dessus. Elle se manifeste dans l'art consommé de la conclusion imprévisible et une maîtrise aboutie de la transition déboussolante, parachevant l'impression générale de géométrie super modifiable. Tandis que les guitares pesantes escortées de basses pachydermiques se laissent aller à  des contorsions jazzifiantes, les machines hypnotisent un violoncelle pompette qui divague et des cuivres lascifs en soupirent de bonheur. Voici sans doute le premier disque du genre enregistré par un derviche tourneur... élevé en Floride.
Marc Gourdon
MAGIC RPM  #84
article extrait de :
MAGIC RPM #84 Commander ce numéro


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