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Playing The Angel de Depeche Mode

chronique d'album
Ça se passe en 1987 ou 1988. Sur une chaîne de télévision française, Depeche Mode joue Strangelove : Dave Gahan au chant, Martin Gore à la guitare sèche, et c'est magnifique. Petite révélation. Sous la techno pop et les synthétiseurs dernier cri se cachent de vraies chansons taillées pour l'acoustique, dans la plus pure tradition du songwriting. Pour l'adolescent que je suis à l'époque, ce n'est pas rien. Depeche Mode, lookés en Village People anorexiques, avec leurs paroles chrétiennes, c'est tout ce qu'on ne doit pas aimer. Mais après ça, comment nier la force de ces chansons qui frappent direct, pendant quatre minutes ? Never Let Me Down Again, un des plus grands singles des années 1980. Et le refrain de Everything Counts, Stripped, Shake The Disease, et le noir et blanc granuleux des clips d'Anton Corbijn. Jusqu'à leur chef-d'oeuvre Enjoy The Silence. Les années 1990, c'est autre chose, ces chansons qui perdent doucement de leur intensité. Aujourd'hui, après Exciter, voilà donc Playing The Angel, qui commence vraiment à la cinquième plage. Avec Precious, ce nouveau single sans fioritures, petit frère de Enjoy The Silence, Martin Gore en plein divorce plaint le sort de ses enfants. Sauf que c'est Dave Gahan qui chante. Ça, il faudra un jour qu'on m'explique. Depuis plus de vingt ans, Gore crée paroles et musiques, il a une voix de rêve, mais il se cantonne en principe à quelques choeurs, et c'est Gahan qui est sous les projecteurs. Ou alors c'est qu'il est vraiment malin et humble : à l'autre l'admiration et les obligations promo, à lui la création et les droits d'auteurs. Certes, Gahan a aussi une voix, de plus en plus belle avec les années. Sur Precious, il est même impérial. Ensuite, on a droit au chant de Gore (Macro), et encore une fois plus tard (Damaged People), mais ce ne sont pas les meilleurs morceaux. Ou alors c'est l'orchestration qui n'est pas optimale. On voudrait qu'il revienne, Martin, nous les chanter seul à la guitare acoustique. Mais non, pas encore pour cette fois. Et puis, il y a Nothing's Impossible : du bon Depeche Mode, noirissime. Et même I Want It All. Alors, surprise : ces deux chansons (et une troisième, Suffer Well, pas essentielle) sont pour la première fois signées Dave Gahan ! Le disque ne tient pas ses qualités sur la longueur : Depeche Mode n'est pas un groupe à album. Mais il rayonne dans les ambiances les plus obscures, quand il replonge dans sa musique nihiliste de la fin du XXe siècle.
SYLVAIN CHAUVEAU
MAGIC RPM  #95
article extrait de :
MAGIC RPM #95 Commander ce numéro


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