En kiosque actuellement Commander
On dit toujours : “Department Of Eagles, duo mené par Fred Nicolaus et Daniel Rossen, membre de Grizzly Bear”. À l’inverse, on dit souvent : “Grizzly Bear, groupe mené par Edward Droste et Daniel Rossen” tout court, sans préciser que ce dernier volait déjà de ses propres ailes avant de se faire happer par les griffes du prédateur. In Ear Park devrait inverser la donne car, désormais, le fait est que Department Of Eagles, c’est mieux que Grizzly Bear.Ce deuxième album réussit même un exploit. Celui de jeter un pont entre deux rives séparées par près de quatre décennies et perdues l’une pour l’autre, les vieux habitants de la première toisant avec un dédain amusé les néo-hippies récemment installés en face. D’un côté, donc, la pop américaine orchestrée de la belle époque (Burt Newman ou Randy Bacharach). De l’autre, le folk primitif enfanté par des New Yorkais hallucinés qui ne voient dans les buildings pullulants de leur ville que d’immenses branchages prêts à héberger les accords erratiques et opiacés de leurs guitares en carton bariolé (Animal Places ou High Collective).


L’intimité chevillée à la moindre note, le duo trousse ainsi onze compositions à la douceur de velours (merci au producteur Chris Taylor, membre de… Grizzly Bear), orchestrées avec une retenue grandiloquente et hululées par une voix spectrale dont chaque intonation suinte l’épreuve et l’affection, la douleur et la rédemption. Ritournelle étalon de cette œuvre baignée d’un clair obscur mutant, No One Does It est une épopée de poche portée par un tambourinement de rien et un souffle de tout, de tout ce qui peut éclairer l’âme pendant ce court instant de grâce mélodique délicatement voilée. Ailleurs, on croit souvent entendre Richard Swift, sorti de son autarcie créatrice pour intégrer un orchestre irréel dont les musiciens fantômes auraient pour mission de caresser l’imaginaire des bons vivants, et d’adoucir les tourments des plus défaillants. Quand la mélodie d’Around The Bay s’affole et s’affaire autour de trésors d’inventivité, où cuivres et acoustique se carapatent pour mieux figer la dramatique, le piano de Herring Bones trouve en ces chœurs ailés des alliés d’emphase idéaux.

Les Classical Records psychotent eux entre lo-fi expérimentale et spasmes orchestraux, tandis que le final orageux de Waves Of Rye crache des rafales inédites, comme un gospel post-rock hanté. Avec l’assurance lettrée de l’ancien revenu de tout, et la classe nonchalante du branleur parti de rien, Department Of Eagles concasse l’histoire de la musique américaine en alliant avec harmonie son âge d’or et son âge de pierre.
Jean-François Le Puil
MAGIC RPM  #124


1 réaction réagir

Votre réaction :

Votre pseudo :

Prévisualiser


caslantienne - 10/11/2009 00:00
Cet album est dans les 10 meilleurs albums de folk-pop depuis 2000. Un petit miracle !