Ça
pouvait plus durer. Depuis quelques années, il se faisait exploiter à tort et à
travers, sans discernement, usé jusqu’à la corde et galvaudé à outrance. Ce fifrelin
de Julien Doré avait même failli lui donner le coup de grâce avec ses singeries
nullardes, lui ôter les lettres de noblesse qu’un grand homme avait su lui
offrir une soixantaine-dizaine d’années auparavant. Cet homme immense, c’est
George Formby Jr. Sa passion ? L’ukulélé. Ces deux-là étaient faits l’un
pour l’autre. C’est bien simple, avec son sourire aussi chevalin qu’infini et
son instrument au diapason de textes espiègles gouaillés par une voix qui
grinçait comme un vieux parquet, George Formby était… le Ukulele Man ! Un
super héros du “twang twang” qui trouve aujourd’hui en la personne de Dent May
un héritier légitime, apte à réhabiliter dans toute son insolite splendeur
l’objet du délire. Déniché au fin fond du Mississipi par Animal Collective pendant
l’enregistrement du récent Merriweather
Post Pavillion, le dépaysant Dent May allie la virtuosité frondeuse du
bateleur Formby aux ambiances luxuriantes de Jens Lekman, le tout enrobé d’une
prestance chantée somptueuse. C’est bien simple, lorsque Dent se racle la
gorge, des étoiles tombent par terre, et lorsqu’on écarte sa glotte pour voir
ce qu’il s’y passe, une forêt de cordes vocales tracées en arabesque respire
sous nos yeux.
Ce trésor d’octaves, l’Américain produit par Rusty Santos le met au service d’une éloquence drolatique. D’une ode endiablée dédiée à notre capitale (Oh Paris!) à la résignation de l’alcoolique notoire (I’m An Alcoholic), de l’âge ingrat que l’on moque perfidement (College Town Boy) au tennisman que l’on console fougueusement (God Loves You, Michael Chang), Dent May se révèle parolier irrésistible. On rigole, on rigole, et on voit d’autant plus le danger qu’on le tourne en dérision à chaque ver(re)s en le drapant d’une humeur douce amère, d’une malice bleutée en accord avec le côté suranné de ces rengaines toujours cuivrées, tantôt tropicalisées, tantôt countrysantes. Où l’on reparle de George Formby, de ces hérauts sensas’ aux allures de ringard intégraux, et du ukulélé, l’instrument parfait pour faire frétiller la fantaisie de ces génies ingrats. C’est dommage que George soit mort d’une crise cardiaque en 1961, parce que ces trois-là étaient faits les uns pour les autres.
Ce trésor d’octaves, l’Américain produit par Rusty Santos le met au service d’une éloquence drolatique. D’une ode endiablée dédiée à notre capitale (Oh Paris!) à la résignation de l’alcoolique notoire (I’m An Alcoholic), de l’âge ingrat que l’on moque perfidement (College Town Boy) au tennisman que l’on console fougueusement (God Loves You, Michael Chang), Dent May se révèle parolier irrésistible. On rigole, on rigole, et on voit d’autant plus le danger qu’on le tourne en dérision à chaque ver(re)s en le drapant d’une humeur douce amère, d’une malice bleutée en accord avec le côté suranné de ces rengaines toujours cuivrées, tantôt tropicalisées, tantôt countrysantes. Où l’on reparle de George Formby, de ces hérauts sensas’ aux allures de ringard intégraux, et du ukulélé, l’instrument parfait pour faire frétiller la fantaisie de ces génies ingrats. C’est dommage que George soit mort d’une crise cardiaque en 1961, parce que ces trois-là étaient faits les uns pour les autres.