Champion incontesté du rock hors-piste et du lancé de poil à gratter, Deerhoof n'a pas attendu d'ouvrir les concerts de The Flaming Lips sur leur tournée américaine pour charmer un auditoire de moins en moins restreint, dispersé aux quatre coins de la planète. Comme Blonde Redhead qui refusait à ses débuts de se soumettre aux inévitables campagnes promotionnelles sans que cela ne l'empêchât de jouer en concert à guichets fermés, Deerhoof s'est constitué avec le temps une armée de fidèles qui ne manqueraient pour rien au monde les prestations furibardes du trio de San Francisco. Le charme enfantin de la chanteuse nippone Satomi Matsuzaki y est sûrement pour beaucoup, elle qui n'hésite pas à caler sur des structures noisy aux breaks imprévisibles des onomatopées délicieuses ou des gazouillis crissants. De ce paradoxe stylistique, Deerhoof tire sa force, car aucun groupe issu de la veine no-wave (forcément sérieuse et déprimée) n'avait jusqu'alors tenté l'impossible conciliation du bruit et de la légèreté. Pour son neuvième opus depuis 1997, le groupe continue ses acrobaties sonores tout en débroussaillant des mélodies mieux taillées (+81, Choco Fight, Cast Off Crown) et tend vers une pop hirsute et incontrôlable mais moins dérangeante qu'à l'accoutumée. Pourtant, s'il ne s'est pas réellement assagi (pour preuve Look Away, titre de clôture ouvert à toutes les expérimentations), Deerhoof exprime simplement son désir de grandir un peu, ce qui constitue une bonne occasion avec ce Friend Opportunity d'élargir un peu plus le cercle de ses amis.