Deuxième volet de la trilogie Art Official Intelligence, vaste opération de reconquête du grand public, ce Bionix ne restera pas comme une pièce maîtresse de la discographie de De La Soul, pourtant passionnante jusque-là. En cela, le postulat annoncé dès le titre Bionix ("Better, stronger, faster") est purement mensonger. Lors de sa première écoute, l'album ressemble même à un énorme foutoir incohérent sans le moindre hit un comble. Impossible, ces trois-là n'ont pas pu nous faire ça : une fouille approfondie s'impose. Alors oui, ils ont le savoir-faire intact. Les beats sont souvent acérés, parfois expérimentaux (The Sauce), les samples efficaces (Bionix, Held Down), les invités choisis avec la même attention (Slick Rick sur l'impeccable What We Do For Love), les voix toujours aussi touchantes, les traces d'humour omniprésentes (les interludes), les clins d'oeil au passé rigolos (Bionix, Simply Havin), les arrangements souvent innovants (Baby Phat, Simply, Watch Out), et les titres r'n'b assurent le minimum syndical (Special). Mais rien à faire, l'ensemble manque de repères, de cohérence, car entre les brillantes réussites et celles tout juste moyennes, on se décourage. De La Soul est toujours aussi honnête et habité du feu sacré, mais le problème semble être ailleurs. Peut-être que l'idée de faire autant appel à des producteurs extérieurs (pour palier l'absence de Maseo, occupé à bosser sur le troisième épisode dédié au Djing), même talentueux, ne s'avère pas judicieuse. Ou alors, avec un disque aussi mature et soft que cet honnête Bionix, peut-être que De La Soul a vieilli plus vite que nous.