Harsh Reality Of Daily Life, le premier album des deux frères Hanak, a le mérite de bien porter son nom. Car d'où peut venir cette soif de bruit, sinon d'un besoin évident d'échapper à la dure réalité de la vie quotidienne ? Et à qui s'adresserait une musique tellement psychotique, si elle n'avait pas un pouvoir cathartique ? C'est du moins ce que l'on peut penser à l'écoute du premier morceau, Slide Projector : la violence rendue par l'extrême distorsion des sons et la lourdeur indus des beats, plus une voix féminine d'outre-tombe qui vient comme narguer l'auditeur, donne à l'évidence froid dans le dos par sa noirceur. Difficile, après ça, d'appréhender le reste du disque de manière décontractée, voire positive. Il y a pourtant par la suite ce qu'il faut d'énergie et de créativité pour sortir de cette mauvaise passe, notamment avec Break-Up, qui pompe directement son énergie du hip hop, et de Six Colored Pictures, d'où émergent de loin en loin par-dessus le brouhaha ambiant, des émotions inattendues, venues de la discrète mélodie de guitare. Cependant, au-delà de ces constatations élégiaques, il faut bien avouer que dix chansons comme ça donnent un peu mal au crâne, et ne feront envisager à personne des lendemains qui chantent. Un disque définitivement extrême, à ne pas laisser entre toutes les mains...