Au
moment de se pencher sur Crazy Clown
Time, premier vrai LP signé David Lynch, il est inutile de lister tous les
projets musicaux dans lesquels celui-ci s’est déjà impliqué pour étayer sa
réflexion. Des commissaires d’exposition s’en chargent très bien, quand ils ne
cataloguent pas les meubles et les croquis signés par le natif de Missoula, qui
reste avant tout un grand cinéaste. Il n’est pas non plus très pertinent de
parler de transversalité : on se doute que la musique, composante déjà
essentielle de ses films, va, sous la forme des quatorze chansons écrites,
produites et interprétées par lui pour cet album, tendre
obsessionnellement vers un but comparable à la plupart des scènes qu’il a tournées
dans le passé. Ces quatorze morceaux sont effectivement autant de coins
sombres, d’où vont surgir des nains visionnaires, des vieilles femmes au
discours cryptique et des starlettes chancelantes (ils ont été réalisés avec
Dean Hurley, l’ingénieur du son de la plupart des derniers films de Lynch).
Évoquons donc uniquement la musique, qui parvient très bien à créer par elle-même une ambiance surréaliste, lugubre et saugrenue : de la pop house sautillante et sans âge (Good Day Today, 2010), du blues atmosphérique traversé par des trémolos de guitare qui renvoient à une forme de stridulation (So Glad, Football Game) et, bien sûr, la propre voix de David Lynch. Nasillarde et parfois vocodorisée, elle livre des menaces, des lamentations ou simplement des impressions, mais sur le mode du soliloque de l’ivrogne ou des psalmodies. Tout ça est plus nerveux qu’on ne le pense, car la sensation de danger et de ridicule est permanente, mais aussi combinée. Crazy Clown Time s’inscrit alors dans une noble et sombre tradition américaine, de Captain Beefheart à Laurie Anderson, de Neil Young à Suicide, de Pere Ubu à Roky Erickson (même si on pense aussi à Air et, puisqu’il y a des slows, à l’album de Michel Houellebecq, Présence Humaine, 2000). Un disque sensuel et crapoteux, archaïque et robotique. De l’autotune à Lost Highway (1997), il n’y a donc qu’un pas.
Évoquons donc uniquement la musique, qui parvient très bien à créer par elle-même une ambiance surréaliste, lugubre et saugrenue : de la pop house sautillante et sans âge (Good Day Today, 2010), du blues atmosphérique traversé par des trémolos de guitare qui renvoient à une forme de stridulation (So Glad, Football Game) et, bien sûr, la propre voix de David Lynch. Nasillarde et parfois vocodorisée, elle livre des menaces, des lamentations ou simplement des impressions, mais sur le mode du soliloque de l’ivrogne ou des psalmodies. Tout ça est plus nerveux qu’on ne le pense, car la sensation de danger et de ridicule est permanente, mais aussi combinée. Crazy Clown Time s’inscrit alors dans une noble et sombre tradition américaine, de Captain Beefheart à Laurie Anderson, de Neil Young à Suicide, de Pere Ubu à Roky Erickson (même si on pense aussi à Air et, puisqu’il y a des slows, à l’album de Michel Houellebecq, Présence Humaine, 2000). Un disque sensuel et crapoteux, archaïque et robotique. De l’autotune à Lost Highway (1997), il n’y a donc qu’un pas.
