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Si David Lynch se permet un tel disque, c'est sans doute qu'il a le cheptel de fans le plus docile qu'on puisse imaginer. Quand un Woody Allen s'en permet le quart, il est fermement rappelé à l'ordre (même s'il est vrai que cela ne l'empêche pas de s'obstiner à continuer). Mais Lynch pense qu'il peut faire avaler n'importe quoi sous prétexte de mystère ou d'originalité décalée, et déguiser du rien sous le masque de l'expérimentation. Épaulé par son ingénieur du son, John Neff, il a composé ici une douzaine de chansons aussi impotentes que Elephant Man, hélas bien moins délicates et sensibles.

Trop systématiques, les blues électriques de Blue Bob parviennent rarement à susciter l'intérêt de l'auditeur, jamais à le charmer et souvent à l'agacer (Marilyn Monroe, Bad Night). Néanmoins (Rollin Down ou Go Get Some), Lynch et Neff génèrent parfois un flottement hypnotique qui a encore beaucoup à apprendre de Suicide ou Gang Of Four. Non content d'avoir produit et écrit avec Angelo Badalamenti deux albums pour Julee Cruise (dont le somptueux Floating Into The Night qui n'a rien à envier au meilleur des Cocteau Twins), le cinéaste a sans doute voulu s'offrir le luxe d'une reconnaissance artistique supplémentaire. Et après ? Aux dernières nouvelles, il se serait aussi mis à la poterie...
Sylvain Collin
MAGIC RPM  #66
article extrait de :
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