Définitivement plus convaincant que Peter Gabriel dans son approche de la musique mondiale (l'anthologique My Life In The Bush Of Ghosts, son label Luaka Bop et neuf Lp's sous son nom), David Byrne revient à ses premières amours : la chanson. Composé en Tunisie mais empreint de couleurs typiquement new-yorkaises, Grown Backwardsest une pièce de choix dans la discographie de l'ancien Talking Heads, la somme de longues années passées à jouer les musiques les plus chaloupées de la planète. Du funk aux musiques latines, la guitare désormais acoustique de ce fameux rythmicien quinquagénaire mène la danse d'un album joliment varié, de reprises de Bizet (en duo avec Rufus Wainwright) et Verdi en compositions éminemment pop. Et si les tentatives, au demeurant convaincantes, de l'auteur de Once In A Lifetimeà se transformer en chanteur lyrique laissent sans voix, retrouver le dandy chantant des grandes annà©es fait réellement plaisir à écouter. Enregistrées en petit comité à l'ombre de studios new-yorkais et texan, les quinze chansons se sont vu par la suite parées des cordes soyeuses du Tosca Strings et des cuivres de John Mills et Freddy Mendoza. Moins tarabiscotées que par le passé, les paroles brocardent, de leur côté, l'Amérique (Empire) ou les affres de la vie moderne (The Other Side Of This Life, She Only Sleeps) sur un mode toujours aussi sarcastique. Qu'il se fasse accompagner sur un titre par le groupe de la pianiste Carla Bley ou qu'il sample des bribes de musique balinaise sur un autre, David Byrne ne s'est finalement jamais autant raconté que sur Grown Backwards, son disque solo le plus fédérateur à ce jour.