Danny Cohen
Vu par Magic
Shades Of Dorian Gray
archive mag mars 2007
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La légende veut que Danny Cohen, initié à l'entertainment dès son enfance passée à Hollywood dans les années 50, fondât son premier groupe à l'âge de onze ans. La légende fait grand cas de Charleston Grotto, sensé avoir inventé en 1961 une version préhistorique du punk. Tout ça sent le pipeau à plein nez, mais on peut aussi se ranger du côté de John Ford : quand la légende est plus belle que la réalité, imprimez la légende. On ne sait rien de ce qu'a pu faire notre étrange personnage pendant quarante ans, mais il est réapparu en 1998 avec un album au titre programmatique : Self-Indulgent Music. La complaisance, c'est bien ce qui suinte de Shades of Dorian Gray, cinquième album de la deuxième vie de Danny Cohen. Il y a trois ans, Dannyland avait surpris en bien, évoquant un Daniel Johnston en pleine possession de ses moyens, un musicien déviant arrangeant à merveille des histoires dérangeantes et abracadabrantesques. Aujourd'hui, le vieil excentrique fatigue, étalant sur soixante longues minutes des élucubrations qui évoquent un art naïf vicié par la roublardise. Musicalement, Danny Cohen déconstruit le folk blues de Tom Waits, avec minutie et beaucoup d'instruments formidables : orgues, mellotron, cuivres, guitare. Vocalement, c'est rocailleux, changeant et parfois fâché avec la justesse. Shades Of Dorian Gray est ambitieux, singulier, avec de bons morceaux (The Prophecy), probablement un disque super crédible à défendre, un possible objet de culte. Mais si on est honnête cinq minutes, on sait pertinemment qu'il va surtout rejoindre le rayon des disques géniaux qu'on n'écoute jamais et qui prennent la poussière sur nos étagères.
Vincent Théval
article extrait de :
MAGIC RPM #108
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