Ships ou le petit théâtre de Daniel Smith, énergumène oeuvrant déjà depuis de nombreuses années dans le milieu du folk démantibulé sous divers pseudos (Brother Danielson, Danielson Famile ou Tri-Danielson). Si l'Américain ne se départira sans doute jamais de sa fibre familiale, ce nouvel album le voit collaborer avec des invités aussi prestigieux que Sufjan Stevens, Why?, Half-Handed Cloud ou encore Deerhoof. Se conduisant en parfait chef de troupe, Daniel galvanise, par sa bravoure vocale et ses intonations altières, ce rodéo-folk surexcité, braillard et tortueux, comme s'il sautait lesplombs à chaque instant pour mieux faire sursauter nos sens. Sur le final tumultueux etmétalliquedel'épique Bloodbook On The Half Shellou sur le tressaillant et passionné Two Sitting Ducks, les voix nasillardes de Brian Johnson et Jack White semblent se confondre avec la même rage contagieuse. Et alors que le dramatisé Kids Pushing Kids et son violon saccadé débride The Arcade Fire, les convulsions orchestrales de Ship The Majestic Suffix rivalisent de lyrisme et de grandiloquence avec The Polyphonic Spree. Même si une telle hystérie collective harasse et tourne parfois à la formule lorsqu'elle fulmine autour de compositions trop faiblardes pour supporter tant de fougue, Ships s'avère être un antidote parfait au morne narcissisme et à la mélancolie monotone dont savent parfois si bien faire preuve les folkeux de tous poils. Lors du baisser de rideau, le metteur en scène survolté Daniel Smith n'aura peut-être pas droit à une ovation debout, mais il recevra avec joie nos applaudissements nourris et reconnaissants.